Voir les feuilles de son olivier tomber, ça serre le cœur. Je le comprends vraiment. L’olivier, c’est l’arbre de la durée, celui qu’on plante pour soi et pour ses enfants. Alors quand il commence à se dégarnir, on s’inquiète vite, parfois trop, parfois pas assez.
Ce qu’il faut savoir d’abord : un olivier en bonne santé perd des feuilles. C’est normal. Il renouvelle son feuillage en continu, et quelques feuilles jaunies par semaine ne signalent absolument rien d’alarmant. Ce qui doit t’alerter, c’est une autre chose. Plusieurs dizaines de feuilles par jour, souvent encore vertes, qui tombent massivement et rapidement. Ça, c’est un signal d’alarme qu’il faut décoder vite.
Il y a quelques mois, j’accompagnais un client dans le Var, propriétaire d’un beau sujet de 15 ans en bac. Son olivier perdait ses feuilles à une vitesse inquiétante depuis le retour en appartement en octobre. En trois minutes d’observation, le diagnostic était posé : manque de lumière + substrat saturé d’eau. Deux causes cumulées, très courantes en hiver sur les oliviers en pot. Dans cet article, je t’explique comment identifier la cause exacte chez toi, et comment y remédier efficacement.
Les points clés à retenir
| Cause | Symptôme principal | Solution prioritaire |
|---|---|---|
| Excès d’eau | Feuilles vertes qui tombent, substrat toujours humide | Réduire les arrosages, améliorer le drainage |
| Manque d’eau | Jaunissement des vieilles feuilles, sol très sec | Arrosage profond et régulier |
| Manque de lumière | Dégarnissement progressif par le bas | Déplacer vers exposition lumineuse |
| Oeil de paon | Taches circulaires brun-gris sur feuilles | Bouillie bordelaise, supprimer les feuilles atteintes |
| Cochenille | Dépôt cotonneux blanc, feuilles collantes | Savon noir ou huile de neem |
| Carence (azote, fer) | Jaunissement généralisé ou central | Engrais spécial olivier, fer chélaté |
| Gel ou choc thermique | Feuilles qui brunissent rapidement après le froid | Protection hivernale, patience pour la reprise |
Chute normale ou chute anormale : comment faire la différence
L’olivier est un arbre à feuilles persistantes, ce qui ne signifie pas qu’il ne perd jamais de feuilles. Il renouvelle progressivement son feuillage tout au long de l’année, avec une légère accélération au printemps. Une chute de quelques feuilles âgées et jaunies chaque semaine est parfaitement normale.
La chute devient pathologique quand :
- Les feuilles encore vertes ou peu jaunies tombent massivement
- La chute s’accélère en quelques jours
- Des rameaux entiers commencent à se dégarnir
- Tu observes des taches, un dépôt, ou une déformation sur les feuilles qui tombent
Dès que plusieurs de ces signes s’accumulent, il faut agir. Pas dans la panique, mais avec méthode.

Cause n°1 : le stress hydrique (trop ou pas assez d’eau)
C’est de loin la cause la plus fréquente, et la plus mal diagnostiquée. Parce que les symptômes d’excès d’eau et de manque d’eau sont proches, et qu’on confond souvent les deux.
Manque d’eau : les feuilles les plus anciennes jaunissent et tombent en premier. Le sol est vraiment sec en profondeur, pas seulement en surface. L’olivier commence par sacrifier son vieux feuillage pour économiser ses ressources. En été, un sujet en pleine terre peut tenir longtemps, mais un olivier en bac se dessèche bien plus vite.
Excès d’eau : là, c’est différent. Les feuilles encore vertes tombent, le substrat reste humide longtemps, parfois avec une légère odeur de moisi. Les racines commencent à s’asphyxier. En hiver, ce scénario est particulièrement courant sur les oliviers rentrés dans un espace peu ventilé : la motte sèche beaucoup moins vite qu’en été, et on continue d’arroser par habitude.
Solution concrète : enfonce un doigt dans le substrat jusqu’à la deuxième phalange. S’il ressort humide, n’arrose pas. En hiver, un arrosage tous les 15 à 20 jours suffit en général pour un olivier en pot. En été, une fois par semaine pour un sujet en bac, tous les 7 à 10 jours pour un arbre en pleine terre.

Cause n°2 : le manque de lumière
L’olivier est une plante méditerranéenne qui a besoin d’au moins 4 à 6 heures de lumière directe par jour pour maintenir son feuillage. En dessous de ce seuil, il commence à perdre ses feuilles de l’intérieur vers l’extérieur, de bas en haut.
C’est le problème classique des oliviers en pot rentrés pour l’hiver dans un garage, une véranda peu exposée, ou un couloir sombre. L’arbre n’a plus assez d’énergie pour maintenir toutes ses feuilles, alors il en sacrifie.
Solution : place ton olivier devant la fenêtre la plus lumineuse de ton logement, idéalement orientée sud ou sud-ouest. En appartement, les lampes horticoles LED peuvent compléter la lumière naturelle si l’exposition est vraiment insuffisante. Et tourne le pot d’un quart de tour chaque semaine pour que toutes les faces reçoivent de la lumière.

Cause n°3 : l’oeil de paon et les maladies fongiques
L’oeil de paon (Spilocaea oleagina) est le champignon le plus courant sur les oliviers. Il se manifeste par des taches circulaires sur les feuilles, avec un halo jaunâtre, avant leur chute. Il se développe surtout par temps humide et chaud, notamment au printemps et en automne.
Traitement : la bouillie bordelaise reste la référence. Applique-la en préventif en automne et au printemps sur les sujets sensibles. Supprime et détruis les feuilles atteintes, ne les laisse pas au pied de l’arbre.
La verticilliose est plus grave : ce champignon du sol bloque la circulation de la sève, provoquant le dépérissement de branches entières. Si tu observes ce schéma, coupe les rameaux touchés loin sous la zone affectée et désinfecte tes outils avec de l’alcool à 70°. En cas de doute, un avis de spécialiste est vraiment utile : la verticilliose peut évoluer silencieusement.

Cause n°4 : les parasites
La cochenille est reconnaissable à ses petits amas cotonneux blancs sur les feuilles et les rameaux. Elle suce la sève, affaiblit progressivement l’arbre, et sécrète un miellat collant qui favorise l’apparition de fumagine (ce dépôt noirâtre sur les feuilles, qui bloque la photosynthèse).
Traitement naturel : savon noir dilué (20 ml pour 1 litre d’eau) en pulvérisation par temps couvert. L’huile de neem est aussi très efficace et respectueuse des auxiliaires.
L’otiorrhynque est plus discret : ce petit charançon grignote les feuilles la nuit, laissant des encoches caractéristiques en demi-lune sur les bords du limbe. Ses larves s’attaquent aux racines. Traitement : nématodes entomopathogènes à appliquer en arrosage, ou pièges collants autour du tronc pour capturer les adultes.

Cause n°5 : les carences nutritives
Un sol trop pauvre ou épuisé se traduit par des symptômes foliaires spécifiques :
- Carence en azote : jaunissement généralisé des vieilles feuilles, croissance ralentie
- Carence en fer (chlorose ferrique) : jaunissement des jeunes pousses alors que les nervures restent vertes
- Carence en magnésium : décoloration centrale du limbe, les bords restent verts
En pot, ces carences arrivent vite car le substrat s’épuise. Un engrais spécial olivier au printemps et en automne suffit généralement à prévenir le problème. Si la chlorose ferrique est installée, un apport de fer chélaté en arrosage donne des résultats en quelques semaines.

Cause n°6 : le gel et les chocs climatiques
L’olivier supporte des gelées jusqu’à -7 ou -10°C pour les variétés acclimatées, mais les jeunes sujets ou les oliviers en pot sont bien plus vulnérables. Un gel inattendu après une période douce, ou une vague de froid sur un arbre non protégé, peut provoquer une chute massive de feuilles en quelques jours.
La règle : ne t’affole pas trop vite. Gratte légèrement l’écorce avec l’ongle. Si le bois dessous est vert et humide, l’arbre est vivant. Il peut repartir au printemps avec un peu de patience. En cas de gel sévère, coupe les rameaux mort après les Saints de Glace, jamais avant.
Protection préventive : voile d’hivernage sur la couronne, paillage épais au pied (5 à 8 cm), et pour les pots, regroupement contre un mur abrité + surélévation du bac pour éviter le contact direct avec le sol gelé.

Comment prévenir la chute des feuilles au fil des saisons
La prévention, c’est vraiment la clé. Quelques habitudes simples :
- Arroser en profondeur mais rarement plutôt que souvent et superficiellement
- Supprimer les soucoupes en hiver pour ne pas créer de stagnation d’eau
- Appliquer de la bouillie bordelaise en préventif en automne et au printemps
- Pailler le pied avec de l’écorce ou de la paille (5 à 8 cm)
- Choisir un emplacement bien exposé, au moins 6 heures de soleil par jour
- Surveiller régulièrement le feuillage pour détecter les premiers signes de parasite ou de maladie

Pour en savoir plus sur l’entretien général de l’olivier au fil des saisons, consulte notre guide sur l’arrosage et la fertilisation de l’olivier.
Un olivier qui perd des feuilles n’est presque jamais condamné. Franchement, dans la grande majorité des cas, un ajustement simple des arrosages, un déplacement vers la lumière, ou un traitement à la bouillie bordelaise suffit à retourner la situation. L’essentiel, c’est d’observer. Pas de paniquer, d’observer. Et d’agir vite une fois la cause identifiée. 🌿

Quinze ans passés sur le terrain, dans les vergers et les oliveraies, avant de fonder Olivarbo. Sa mission : rendre l’arboriculture accessible à tous, qu’on soit propriétaire d’un seul olivier ou gestionnaire d’un verger entier. Elle partage ici ses conseils avec la même passion qui l’anime depuis le début, sans jargon inutile et sans détour.

