Que faire des résidus de taille, c’est la question que j’entends le plus souvent après les tailles d’hiver. Je me souviens encore de cet oléiculteur dans le Var, il y a trois ans : il venait de tailler une centaine d’oliviers centenaires et regardait le tas de branches qui s’étalait sur tout un côté du verger. « Je peux les brûler ce soir, non ? » Il avait l’air convaincu que la réponse était oui.
La réponse est non. Ou plutôt : pas comme ça, pas ce soir, et pas sans conditions.
Je te détaille tout ici : la règle de base, les exceptions qui existent réellement (parce qu’elles existent), les conditions à respecter strictement, et surtout les alternatives intéressantes pour ton sol et ton olivier.
Les points clés à retenir
| Point | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|
| Règle générale | Brûlage des déchets verts interdit pour particuliers et professionnels |
| Amende | 750 euros en cas d’infraction |
| Dérogation possible | Pour gros volumes de taille d’oliviers, mimosas et arbres fruitiers |
| Régions concernées | Principalement PACA et Occitanie, selon arrêtés préfectoraux |
| Période autorisée (dérogation) | 1er octobre au 30 juin |
| Horaires (dérogation) | Entre 10h00 et 15h30 uniquement |
| Conditions strictes | Vent inférieur à 20 km/h, bois sec, point d’eau à proximité, surveillance permanente |
| Meilleure alternative | Broyage et utilisation en paillis ou compost |
La règle de base : brûler des déchets verts est interdit
La loi est claire depuis 2013 : le brûlage à l’air libre des résidus végétaux est interdit pour les particuliers comme pour les professionnels. Tontes de pelouse, feuilles mortes, résidus de taille de haies, d’arbustes, d’arbres : tout ça, c’est non.
Le cadre légal, c’est l’article 84 du Règlement Sanitaire Départemental (RSD), confirmé par réponse ministérielle du 12 septembre 2013. L’amende prévue est de 750 euros. Elle s’applique aussi à la personne qui vend ou met à disposition un incinérateur de jardin.
Pourquoi ? Parce que brûler des végétaux dégage des polluants sérieux : particules fines, dioxines, hydrocarbures aromatiques polycycliques. Pour te donner une idée : 50 kilos de végétaux brûlés produisent autant de particules fines mutagènes que 7 300 kilomètres parcourus en voiture diesel récente. C’est considérable.
Bref. Pas de brûlage. Sauf dans un cas bien précis.

La dérogation pour l’olivier et les arbres fruitiers
Voilà la nuance que beaucoup ignorent, et qui concerne directement les oléiculteurs du Sud.
Dans certaines régions, et principalement en PACA, des arrêtés préfectoraux prévoient une dérogation pour les gros volumes de résidus de taille d’oliviers, de mimosas et d’autres arbres fruitiers. Cette dérogation reconnaît une réalité du terrain : après la taille d’une oliveraie, les volumes peuvent être très importants et les déchetteries locales ne sont pas toujours en mesure de les absorber.
Mais attention : cette dérogation n’est pas automatique et ne s’applique pas partout. Elle varie d’un département à l’autre, parfois d’une commune à l’autre. La première chose à faire, avant d’allumer quoi que ce soit, c’est de vérifier auprès de ta mairie ou de la préfecture si une dérogation existe dans ta commune et sous quelles conditions précises.
Ne te fie pas à ce que fait ton voisin. Il a peut-être une dérogation que tu n’as pas, ou il enfreint la loi sans le savoir.

Les conditions strictes à respecter si la dérogation s’applique
Si tu es dans une zone couverte par une dérogation, voici les conditions à respecter à la lettre. Chaque condition est non négociable.
- Période autorisée : du 1er octobre au 30 juin uniquement. Tout feu est interdit du 1er juillet au 30 septembre dans la plupart des départements du Sud.
- Horaires : entre 10h00 et 15h30 seulement. Pas de brûlage le matin, pas le soir.
- Vent : inférieur à 20 km/h. Si les feuilles bougent, on attend.
- Végétaux secs : uniquement des résidus bien ressuyés, jamais de végétaux verts ou humides (épaisse fumée noire, polluants décuplés).
- Point d’eau : obligatoirement à proximité immédiate du foyer.
- Surveillance : le feu reste sous surveillance permanente pendant toute la durée du brûlage.
- Distance : dans certains départements, pas de brûlage à moins de 100 mètres d’une habitation, pas de brûlage le week-end.
Et une condition que beaucoup oublient : en cas d’épisode de pollution atmosphérique déclaré (particules PM10, ozone, NO2), tout brûlage est immédiatement suspendu, même avec une dérogation en poche. Ces alertes sont diffusées par les préfectures et les services météo départementaux.
Le client du Var que je mentionnais au début ? Il avait une dérogation, respectait les horaires, mais ignorait qu’un épisode de pollution avait été déclenché ce jour-là dans les Alpes-Maritimes voisines. Procès-verbal quand même.

Les alternatives intelligentes au brûlage
Honnêtement, même dans les cas où brûler est légal, il y a souvent mieux à faire pour ton olivier et pour ton sol.
Le broyage. C’est ma solution préférée, sans hésitation. Les résidus de taille broyés peuvent devenir un paillis de qualité au pied des oliviers : ils régulent l’humidité du sol, limitent les adventices, et se décomposent progressivement en matière organique. Pour les exploitations, louer ou acheter un broyeur s’amortit très rapidement. Pour les particuliers, beaucoup de communes proposent ce matériel en prêt.

Une précision importante : les feuilles d’olivier se décomposent lentement à cause de leur teneur en composés phénoliques. Si tu veux les composter, broie-les finement et mélange-les à des matières azotées pour accélérer le processus.
La déchetterie. Moins glamour, mais parfaitement valide et gratuite pour les particuliers dans la majorité des communes.
Le don à des éleveurs locaux. Dans beaucoup de régions du Sud, des éleveurs de chèvres ou de moutons récupèrent volontiers les ramilles et feuillages d’oliviers. Un coup de fil à une ferme voisine peut régler le problème en une journée.
Le bois de chauffage. Les grosses branches issues d’une taille de rajeunissement constituent un excellent bois de cheminée : dense, aromatique, à la combustion longue. Il faut laisser sécher deux à trois ans avant utilisation. Mais ça vaut vraiment la peine de patienter.
Au fond, ce que je dis à tous mes clients, c’est que les résidus de taille ne sont pas des déchets : ce sont des ressources. L’olivier te donne du bois, des feuilles riches en polyphénols, de la matière organique. Tout ça peut être valorisé plutôt que brûlé et perdu dans une fumée.
Pour tout savoir sur les bonnes pratiques de taille de l’olivier et comment valoriser votre production, consultez notre guide complet sur la taille de l’olivier.

Quinze ans passés sur le terrain, dans les vergers et les oliveraies, avant de fonder Olivarbo. Sa mission : rendre l’arboriculture accessible à tous, qu’on soit propriétaire d’un seul olivier ou gestionnaire d’un verger entier. Elle partage ici ses conseils avec la même passion qui l’anime depuis le début, sans jargon inutile et sans détour.

