Tu regardes ton olivier et tu te demandes pourquoi certaines branches partent dans tous les sens, pourquoi d’autres semblent ne rien produire, ou comment distinguer une branche saine d’une branche à couper ? Bonne question. Et franchement, comprendre la structure des branches d’un olivier, c’est la clé de voûte de tout le reste : la taille, la production d’olives, la santé de l’arbre sur le long terme.
L’olivier est un arbre qu’on reconnaît entre mille. Mais sa ramification obéit à une logique précise que peu de jardiniers prennent le temps d’apprendre. Dans cet article, je t’explique les différents types de branches, comment lire leur état de santé, lesquelles couper et à quel moment intervenir. Et j’évite les généralités : on va dans le concret. 🌳
Les points clés à retenir
| Type de branche | Rôle | Action recommandée |
|---|---|---|
| Branches charpentières | Armature principale de l’arbre | Conserver, orienter |
| Gourmands | Pousses vigoureuses non productives | Supprimer |
| Rameaux fruitiers | Portent les olives (bois de 1 à 3 ans) | Maintenir, raccourcir légèrement |
| Rejets au pied | Partent de la base ou du tronc | Éliminer systématiquement |
| Bois mort | Aucune activité végétale | Retirer en priorité |
Les différents types de branches sur un olivier
Tu vois ce que je veux dire quand on parle de « lire un arbre » ? Il y a quelques années, j’intervenais sur un olivier d’environ 30 ans dans le Luberon, totalement laissé à lui-même depuis une dizaine d’années. La propriétaire voulait savoir par où commencer. Et ma première réponse a été : on commence par identifier ce qu’on a.
Les branches charpentières forment le squelette de l’arbre. Ce sont les 4 à 5 grosses branches principales qui partent du tronc et constituent la structure de base. Elles sont là depuis longtemps, solides, souvent à l’écorce grisâtre. On ne les coupe jamais sans très bonne raison : elles portent tout le reste.
Les branches secondaires se ramifient à partir des charpentières. Elles constituent les « bras » intermédiaires. C’est sur elles que se développent les rameaux fruitiers.
Les rameaux fruitiers sont les stars de l’histoire. Ce sont des pousses de 1 à 3 ans, souples, aux feuilles vertes et brillantes. L’olivier produit ses olives sur le bois de l’année précédente : comprendre ça, c’est comprendre pourquoi il faut maintenir ces jeunes pousses en permanence. Sans renouvellement des rameaux, plus de production.
Les gourmands sont des pousses verticales, vigoureuses, à croissance rapide. Ils partent souvent à la verticale du tronc ou des grosses charpentières. Beaux visuellement, mais ils « volent » l’énergie de l’arbre sans jamais produire d’olives. À supprimer systématiquement, sauf si tu veux en garder un pour remplacer une charpentière endommagée.
Les rejets basaux poussent au pied de l’arbre ou le long du tronc en dessous de la zone de greffage. Ils proviennent souvent du porte-greffe, pas du cultivar greffé. Élimine-les dès que tu les vois : ils épuisent l’arbre pour rien.

Comment lire l’état de santé d’un olivier à travers ses branches
Les branches d’un olivier parlent. Encore faut-il savoir les écouter.
Une branche saine est souple sous tes doigts. Ses feuilles sont d’un vert-gris argenté, légèrement brillantes. L’écorce des jeunes pousses est verte, parfois légèrement rosée. Si tu prends un rameau et que tu le tords doucement, il plie sans se casser.
Une branche morte casse net quand tu la tordis légèrement. Son écorce est grisâtre, elle s’effrite au toucher. Les feuilles sont absentes en pleine saison ou complètement desséchées et restées accrochées (ce qu’on appelle les feuilles « flagelles »). Cette branche n’a plus d’utilité et peut devenir un foyer à parasites.
Un bois affaibli se reconnaît à l’écorce qui se fissure longitudinalement, aux rameaux sans bourgeon visibles, aux feuilles plus petites et pâles que la normale. Parfois une légère décoloration brun-verdâtre sur les jeunes pousses indique un début d’oeil de paon (Spilocaea oleagina), le champignon le plus fréquent sur olivier.
💡 Trois indices qui ne trompent pas : absence totale de feuilles en pleine saison, écorce grisâtre qui s’effrite, pousses qui croissent vers l’intérieur en créant des zones d’ombre dense. Ces trois signaux ensemble : la branche est à retirer.
Attention à un détail que j’ai vu faire des dégâts : confondre une branche morte et une branche de l’année précédente simplement dormante. En hiver, certains rameaux semblent sans vie alors qu’ils vont redémarrer. Avant de couper, gratte légèrement l’écorce avec ton ongle. Si le dessous est vert : la branche est vivante.

Quelle branche couper et laquelle garder
C’est là que tout se joue, et c’est aussi là où la plupart des gens hésitent le plus. Ma règle de base : quand tu doutes, ne coupe pas. Une erreur par excès de taille est toujours plus difficile à corriger qu’une taille trop légère.
À couper en priorité :
- Tout le bois mort (avant toute autre chose)
- Les gourmands verticaux, sauf si nécessaire à la structure
- Les branches qui se croisent et frottent l’une contre l’autre (elles créent des blessures)
- Les branches qui descendent vers le sol
- Les branches qui poussent vers l’intérieur de l’arbre (elles bloquent la lumière et l’air)
- Les rejets au pied et le long du tronc sous les charpentières
À garder impérativement :
- Les charpentières sauf si elles sont malades ou cassées
- Au moins 50 à 70 % du bois jeune de 1 à 3 ans (c’est là que se trouvent les futures olives)
- Les pousses bien orientées vers l’extérieur et vers le haut
La règle d’or que je répète systématiquement à mes clients : ne jamais retirer plus de 30 % du volume total en une seule année. L’olivier est un arbre de patience. Une taille trop sévère le stresse, déséquilibre sa croissance et peut compromettre la récolte suivante. Si l’arbre est très négligé, étale la remise en forme sur 2 ou 3 ans.
La forme en gobelet (ou « en vase ») est l’objectif sur un olivier de production : un centre ouvert qui laisse la lumière atteindre toutes les branches. Vérifie après chaque coupe en te plaçant sous l’arbre et en regardant vers le ciel : tu dois voir de la lumière à travers.

Le bon moment pour intervenir sur les branches
Ce point-là est vraiment critique. Le meilleur outil ne suffira pas si tu interviens au mauvais moment.
La fenêtre idéale : fin février à avril, après les dernières gelées sévères et avant les grandes chaleurs. L’arbre n’est pas encore en pleine activité végétative, ce qui limite le stress. Les plaies cicatrisent bien à cette période.
Évite absolument :
- Juillet et août : stress hydrique intense, les plaies de taille s’assèchent mal et peuvent s’infecter
- Décembre et janvier : risque de gel sur les plaies fraîches
Si tu ne tailles qu’une seule fois par an, fin mars reste le meilleur créneau dans la majorité des régions françaises où l’olivier prospère.
Une petite précision que j’aime rappeler : pour les arbres malades ou après une tempête, une taille d’urgence peut s’imposer à n’importe quelle saison. Dans ce cas, il faut intervenir, quelle que soit la période. L’olivier est un arbre résilient.

Les erreurs classiques avec les branches d’olivier
En 15 ans de conseil en arboriculture, j’ai vu les mêmes erreurs revenir en boucle. Autant en parler franchement.
Tailler trop fort par peur de mal faire. Beaucoup de propriétaires d’oliviers font exactement l’inverse de ce qu’il faudrait : ils coupent plus que nécessaire parce qu’ils pensent que « taille forte = arbre plus vigoureux ». En réalité, une coupe trop sévère stresse l’arbre et déséquilibre sa croissance pour plusieurs années.
Oublier de désinfecter les outils. Un sécateur propre entre deux arbres, c’est non négociable. L’oeil de paon et d’autres maladies fongiques se transmettent directement d’une branche à l’autre via un outil souillé. Un passage à l’alcool ou à l’eau de Javel diluée entre chaque intervention.
Garder les branches qui se gênent parce qu’elles font du volume. L’ombre créée dans le coeur de l’arbre favorise l’humidité stagnante et les maladies. Un arbre bien aéré est un arbre sain.
Mettre du mastic de cicatrisation à tort et à travers. Sur les petites coupes (moins de 3 cm de diamètre), c’est inutile : l’olivier cicatrise naturellement. Sur les grosses plaies, un mastic bio peut aider. Mais ce point reste débattu entre spécialistes : certains préconisent un mastic naturel, d’autres préfèrent laisser cicatriser à l’air libre.
Comprendre les branches de son olivier, c’est finalement apprendre à voir l’arbre tel qu’il est, pas tel qu’on voudrait qu’il soit. Et cette lecture, une fois acquise, ne se perd plus. Tu traverses n’importe quel verger différemment après.

Quinze ans passés sur le terrain, dans les vergers et les oliveraies, avant de fonder Olivarbo. Sa mission : rendre l’arboriculture accessible à tous, qu’on soit propriétaire d’un seul olivier ou gestionnaire d’un verger entier. Elle partage ici ses conseils avec la même passion qui l’anime depuis le début, sans jargon inutile et sans détour.

