La maladie de l’œil de paon sur l’olivier

septembre 2, 2026

Il y a trois ans, un client m’appelle en panique : « Olivia, mon olivier a des taches bizarres sur les feuilles, genre des cercles… c’est foutu ? » Ben non, c’était pas foutu. Mais c’était bien l’œil de paon, LA maladie la plus fréquente de l’olivier.

Et franchement, si tu t’en occupes correctement, c’est gérable.

Les points clés à retenir

PointDétail
Nom scientifiqueSpilocaea oleaginea (ou Fusicladium oleagineum)
Symptôme distinctifTaches circulaires brunes avec halo jaune
DangerSérieux – peut entraîner une défoliation massive
Période critiquePrintemps et automne (pluie + 15-20°C)
TraitementBouillie bordelaise (cuivre) en préventif
PréventionTaille + aération + traitement aux bons moments

Pourquoi on l’appelle « œil de paon » ?

Alors là c’est vraiment parlant quand tu vois la feuille. Tu as une tache circulaire avec des cercles concentriques, brun-noir au centre, et autour un halo jaune-vert. Ça ressemble exactement aux ocelles sur les plumes de paon, d’où le nom.

La première fois que tu le vois c’est assez caractéristique – tu peux pas te tromper vraiment. Les taches font entre 2mm et 1cm de diamètre généralement.

À quoi c’est dû ?

C’est un champignon. Un champignon microscopique qui adore l’humidité et les températures douces. Ses spores sont transportées par la pluie et viennent se poser sur les feuilles. Là elles germent, pénètrent dans la feuille, et c’est parti pour former ces fameuses taches.

Le truc vraiment pernicieux avec ce champignon, c’est qu’il peut rester plusieurs mois en dormance sur les feuilles mortes au sol ou sur l’arbre. Et dès que les conditions redeviennent favorables – pouf, ça repart.

Comment ça se développe concrètement

Les conditions qui favorisent l’œil de paon :

  • Pluie ou humidité persistante
  • Températures entre 15 et 20°C (l’idéal pour le champignon)
  • Arbre mal aéré, feuillage dense
  • Irrigation par aspersion qui mouille le feuillage

Tu vois, c’est pour ça qu’on a surtout des attaques au printemps (mars-avril-mai) et à l’automne (septembre-octobre-novembre). C’est exactement quand il pleut et que les températures sont dans cette fourchette.

L’été avec la grosse chaleur et le sec, le champignon est au ralenti. L’hiver quand il fait trop froid aussi.

Les dégâts : de l’inesthétique au vraiment problématique

Bon alors au début tu as quelques taches sur les feuilles. C’est moche mais l’arbre tient. Le problème c’est quand ça se propage.

Parce que le champignon il va bloquer la photosynthèse sur les zones touchées. Et quand la tache est trop importante, la feuille jaunit complètement et elle tombe. On appelle ça la défoliation.

Ce qui se passe quand c’est mal géré

J’ai vu des oliviers perdre 60-70% de leurs feuilles à cause de l’œil de paon non traité. Et là c’est vraiment problématique parce que :

  1. L’arbre s’affaiblit – sans feuilles, pas de photosynthèse, pas d’énergie
  2. La récolte chute – un olivier défolié produit beaucoup moins d’olives l’année suivante
  3. L’arbre devient vulnérable – il est plus sensible aux autres maladies et au gel

Plus rarement, le champignon peut aussi attaquer le pédoncule des fruits (la petite tige qui relie l’olive à la branche). Résultat : l’olive tombe avant maturité.

Défoliation avancée

Le traitement : la bouillie bordelaise est ton alliée

Alors là on va parler cuivre. La bouillie bordelaise, ce fameux produit bleu-vert qu’utilisent tous les oléiculteurs, c’est ton meilleur allié contre l’œil de paon.

Comment ça marche ? Le cuivre forme un film protecteur sur les feuilles. Quand les spores du champignon arrivent, elles ne peuvent pas germer. C’est un traitement préventif, pas curatif – une fois que la tache est là, le cuivre la fait pas disparaître.

Quand traiter (SUPER important)

Les deux passages essentiels :

  1. Au printemps (fin mars – début avril) : JUSTE après la taille et AVANT les premières pluies de printemps. C’est le traitement le plus important de l’année.
  2. À l’automne (fin octobre – novembre) : Après la récolte, pour protéger l’arbre pendant l’hiver.

Le timing c’est vraiment tout. Si tu traites trop tôt ou trop tard, c’est moins efficace. Moi je regarde toujours la météo à 10 jours. Dès qu’on annonce de la pluie au printemps, je conseille de traiter juste avant.

Application de bouillie bordelaise

Dosage et application

Pour une application classique : environ 10-15g de bouillie bordelaise par litre d’eau. Tu pulvérises sur TOUT le feuillage – dessus et dessous des feuilles si possible, les branches, tout.

Après une grosse pluie (plus de 20-30mm), le cuivre est lessivé. Il faut renouveler le traitement. C’est pour ça qu’en année très pluvieuse, tu peux être amené à traiter 3-4 fois au printemps.

⚠️ Attention : Le cuivre s’accumule dans le sol et peut être toxique en excès. On essaie donc de limiter les doses au strict nécessaire. L’AFIDOL recommande de diviser par deux les doses maximales autorisées.

La prévention : mieux vaut prévenir que guérir

Honnêtement, le meilleur traitement c’est de ne pas avoir la maladie. Et pour ça, il y a des gestes simples qui changent vraiment tout.

Les bons gestes préventifs :

  • Tailler régulièrement pour aérer l’arbre – un olivier bien aéré sèche vite après la pluie et le champignon a moins de chances de s’installer
  • Ramasser les feuilles mortes au sol en hiver – c’est là que le champignon hiverne tranquillement
  • Éviter l’irrigation par aspersion – si tu arroses, fais-le au pied, pas sur les feuilles
  • Ne pas planter trop serré dans une oliveraie – laisse de l’espace pour que l’air circule
  • Choisir des variétés moins sensibles si tu plantes – certaines comme l’Aglandau ou la Tanche sont plus sensibles que d’autres

Tu vois, le rapport avec le cycle de l’olivier est direct. Si tu comprends qu’au printemps l’arbre fait de nouvelles pousses et que c’est pile le moment où le champignon attaque, tu anticipes naturellement.

Reconnaître les différents stades

Stade précoce : Petites taches de 2-3mm, à peine visibles, verdâtres → Agir maintenant !

Stade intermédiaire : Taches bien formées, 5-10mm, cercles visibles, halo jaune marqué → Traiter d’urgence, surveiller la chute des feuilles

Stade avancé : Feuilles qui jaunissent massivement, taches qui se rejoignent, début de défoliation → Traitement + taille sanitaire + surveillance renforcée

Progression de la maladie de l'oeil de paon

Les erreurs à éviter

❌ Traiter quand il fait trop chaud : Au-delà de 25-28°C, la bouillie bordelaise peut brûler les feuilles

❌ Traiter sur fleurs ouvertes : Le cuivre peut provoquer la coulure (les fleurs tombent) – jamais pendant la floraison !

❌ Ne traiter qu’une fois par an : Un seul passage c’est insuffisant, il en faut au minimum deux

❌ Ignorer les premiers signes : Dès que tu vois les premières taches, agis

Et si c’est trop tard ?

Bon alors mettons que tu découvres que ton olivier est déjà bien atteint. Pas de panique, il y a des choses à faire.

Plan d’action pour un arbre déjà touché :

  1. Taille sanitaire : Coupe les branches les plus atteintes. Ça limite la source de spores et ça aère l’arbre.
  2. Traitement au cuivre : Même si c’est curatif, ça évite que ça se propage sur les feuilles saines restantes.
  3. Ramasse tout : Les branches coupées, les feuilles tombées… tout doit être brûlé ou mis à la déchetterie. Pas dans le compost !
  4. Surveille l’année suivante : Un arbre qui a été fort atteint une année sera plus fragile l’année d’après.

Franchement un olivier bien établi se remet de l’œil de paon. Ça prend du temps mais il va refaire des feuilles. Par contre sur un jeune plant, faut vraiment être vigilant.

Les variétés plus ou moins sensibles

VariétéSensibilitéNote
TancheTrès sensibleAttention renforcée
AglandauTrès sensibleSurveillance constante
CailletierSensibleTraiter régulièrement
PicholineMoyennement sensibleTraitement standard
BouteillanMoyennement sensibleTraitement standard

Bon après, même une variété « résistante » peut être touchée si les conditions sont vraiment favorables au champignon. C’est pas une garantie à 100%.

Mon conseil de terrain

Écoute, en vrai l’œil de paon c’est un peu le passage obligé quand tu as un olivier. C’est comme la rouille sur une bagnole : si tu l’entretiens bien et que tu traites préventivement, ça reste sous contrôle.

Le truc c’est de pas attendre que ce soit la catastrophe. Dès les premiers signes, tu agis. Tu traites au printemps et à l’automne religieusement. Tu tailles pour aérer. Et normalement tu devrais pas avoir de souci.

Et puis regarde la météo, vraiment. Un printemps super pluvieux = vigilance max. Un printemps sec = tu peux peut-être zapper un traitement.

L’expérience m’a appris que les oliviers les mieux entretenus – ceux qu’on taille tous les deux ans, qu’on surveille, qu’on traite – sont rarement vraiment embêtés par l’œil de paon. C’est sur les arbres négligés ou mal plantés que ça dégénère.

Allez, tu as toutes les clés en main maintenant. Deux traitements par an, une bonne taille, et ton olivier devrait rester nickel !

Sources fiables :

Bon courage et à bientôt pour d’autres conseils ! 🌳✨