Le figuier a une réputation de soldat. Rustique, productif, peu exigeant. Et c’est globalement vrai. Mais cette réputation a un revers : on l’abandonne un peu à lui-même, on ne surveille pas, et un jour on se retrouve devant un arbre qui dépérit sans avoir vu venir le problème.
Concrètement, les maladies du figuier sont peu nombreuses mais certaines sont graves et irréversibles si on tarde trop. Le chancre peut tuer une branche entière en quelques semaines. Le pourridié condamne l’arbre si le drainage est défaillant. Et la mosaïque virale… là, pas de traitement, uniquement de la prévention.
La bonne nouvelle : dans la grande majorité des cas, un figuier bien installé dans un sol drainant et exposé au plein soleil résiste naturellement à la plupart de ces attaques. La prévention reste toujours plus simple que le traitement. Dans cet article, je te donne les clés pour identifier chaque problème et réagir au bon moment.
Les points clés à retenir
| Problème | Symptômes principaux | Traitement ou gestion |
|---|---|---|
| Chancre (Diaporthe cinerascens) | Bourrelets, déformations sur branches, dépérissement | Couper 20 cm sous la zone atteinte, bouillie bordelaise, mastic |
| Pourridié laineux (Rosellinia) | Dépérissement lent, feuilles petites et pâles | Supprimer l’arbre, sol reste infecté |
| Rouille (Cerotelium fici) | Taches orangées-rouille sur feuilles, chute prématurée | Ramassage des feuilles, bouillie bordelaise en préventif |
| Mosaïque virale | Marbrures vert clair/vert foncé, boursouflures, croissance ralentie | Aucun traitement, prévention uniquement |
| Cochenille (Ceroplastes rusci) | Amas ovales bombés sur rameaux, miellat, fumagine | Savon noir, huile de neem, prédateurs naturels |
| Teigne (Choreutis nemorana) | Feuilles trouées, filaments de soie, excréments noirs | Dégâts légers, Bacillus thuringiensis si nécessaire |
Le chancre : la menace la plus sérieuse
⚠️ C’est la maladie cryptogamique la plus dangereuse du figuier. Elle est causée par le champignon Diaporthe cinerascens (parfois appelé Phomopsis cinerescens). Elle s’installe généralement après une blessure mal cicatrisée : une taille réalisée avec des outils non désinfectés, une écorce arrachée, un rameau cassé par le vent.
Reconnaître les symptômes : des bourrelets déformés apparaissent sur les branches, la zone atteinte noircit progressivement, puis la branche commence à dépérir. Dans les cas graves, l’infection remonte vers le tronc.
Intervenir immédiatement : coupe la branche atteinte 20 cm minimum sous la première lésion visible. Brûle les parties coupées, ne les composte pas. Applique de la bouillie bordelaise sur la plaie, puis mastique-la. Si l’infection touche le tronc principal, l’arbre est généralement perdu.
Prévention : désinfecte toujours tes outils de taille à l’alcool à 70° entre chaque arbre. Taille par temps sec, jamais sous la pluie. Applique systématiquement du mastic de cicatrisation sur les grosses plaies. Ces gestes simples évitent 90 % des cas de chancre.

Le pourridié laineux : quand le sol est en cause
Le pourridié laineux est causé par des champignons du sol, principalement Rosellinia necatrix et Armillaria (le fameux armillaire, ou champignon couleur de miel visible à l’automne au pied des arbres). Ces champignons s’attaquent aux racines et les asphyxient progressivement.
Reconnaître les symptômes : l’arbre dépérit lentement. Les feuilles poussent de plus en plus petites et pâles. La croissance ralentit. Les symptômes ressemblent à un manque d’eau, ce qui amène parfois à arroser davantage, et donc à aggraver le problème. Si tu soulèves légèrement l’écorce à la base du tronc, tu peux parfois observer des filaments blancs typiques de ces champignons.
Malheureusement, il n’existe pas de traitement vraiment efficace contre le pourridié laineux. Si l’arbre est atteint, il faut le supprimer jusqu’aux racines et ne rien replanter dans ce sol pendant plusieurs années : le champignon peut y survivre longtemps.
Prévention absolue : plante ton figuier dans un sol parfaitement drainé. En sol lourd ou argileux, travaille en butte, apporte du sable grossier au fond du trou de plantation. Évite les apports de fumier frais ou d’engrais concentré près du tronc, et fais attention à ne pas blesser les racines superficielles lors des travaux.

La rouille du figuier (Cerotelium fici)
Ce champignon provoque des taches orangées à brun-rouille sur la face inférieure des feuilles, avec un jaunissement correspondant sur la face supérieure. Les feuilles atteintes tombent prématurément, ce qui réduit la photosynthèse et donc la qualité et la quantité des figues.
Reconnaître : les taches rouille sous les feuilles, fines et poudreuses, sont caractéristiques. On les voit surtout en fin d’été et à l’automne.
Traiter : ramasse et détruis toutes les feuilles tombées pour éviter la contamination du sol. Applique de la bouillie bordelaise en fin d’été sur le feuillage. La maladie affaiblit l’arbre mais le tue rarement directement.

La mosaïque du figuier : le virus sans remède
La mosaïque est une maladie virale, transmise principalement par un acarien microscopique (Aceria ficus) et via les outils de taille contaminés. Elle provoque sur les feuilles des marbrures caractéristiques : des zones vert clair alternent avec des zones vert plus foncé, parfois avec des boursouflures et des déformations.
Précision importante : aucun traitement curatif n’existe contre ce virus. Un figuier atteint le restera toujours. Par contre, la maladie n’est pas mortelle : un arbre en bonne santé générale peut vivre de nombreuses années malgré l’infection, avec une production simplement réduite.
Prévention : désinfection systématique des outils de taille (c’est vraiment le geste le plus important), maintien de bonnes conditions de culture pour garder l’arbre vigoureux. Les sujets bien installés, bien exposés, dans un sol adapté, résistent bien mieux aux attaques virales.

Les ravageurs : cochenille, teigne et psylle
La cochenille farineuse (Ceroplastes rusci) est le ravageur principal du figuier. Elle s’installe sur les rameaux et les branches, reconnaissable à ses petits amas ovales bombés, d’aspect cireux et brun-rosé. Elle suce la sève en affaiblissant l’arbre, et produit un miellat qui attire la fumagine (ce dépôt noirâtre qui empêche la photosynthèse).
Traitement : savon noir dilué, huile de neem, ou favoriser les prédateurs naturels comme les coccinelles et les chrysopes. En cas d’infestation sévère, une huile blanche de traitement hivernal sur les rameaux peut être efficace.
La teigne du figuier (Choreutis nemorana) est un petit papillon dont les chenilles se protègent sous des filaments de soie et grignotent les feuilles. Les dégâts sont généralement légers et ne mettent pas l’arbre en danger. La présence de mésanges dans ton jardin suffit souvent à réguler naturellement la population. En cas d’infestation forte, le Bacillus thuringiensis reste la solution biologique de référence.
Le psylle est un insecte suceur qui colonise en colonie les branches et feuilles par temps chaud. Ses larves produisent des petites gouttes de miellat blanc caractéristiques. Favorise la présence de coccinelles et de punaises Anthocoris nemoralis, leurs prédateurs naturels.

Prévention : les gestes qui changent tout
Après des années à diagnostiquer des figuiers malades, je peux te dire que la grande majorité des problèmes s’évitent avec quelques règles de base.
- Emplacement : plein soleil, abrité du vent, sol parfaitement drainé
- Désinfection : outils à l’alcool à 70° entre chaque arbre, systématiquement
- Hygiène : ramasser et détruire les feuilles malades tombées, vider régulièrement les fruits momifiés
- Taille : par temps sec, avec du mastic sur les grosses plaies et de la bouillie bordelaise en préventif
- Surveillance : une inspection rapide du feuillage et des rameaux chaque semaine en saison permet de comprendre les problèmes à leur début
Pour compléter cet article, consulte notre guide sur la taille du figuier et son entretien annuel.
Clairement, un figuier bien soigné n’est presque jamais malade. L’arbre est naturellement robuste. Ce sont les erreurs de conduite (arrosage excessif, sol mal drainé, outils non désinfectés) qui ouvrent la porte à la plupart des problèmes. Prends le temps de bien l’installer au départ, surveille-le régulièrement, et il te le rendra en figues pendant des décennies.

Arboriste-grimpeuse, Cécilia a fait le choix du terrain très tôt. Elle passe ses journées à diagnostiquer, tailler et soigner les arbres, parfois perchée à 15 mètres de hauteur. Sur Olivarbo, elle partage ses analyses techniques avec un seul objectif : t’aider à poser le bon diagnostic avant d’agir.

