Un client m’a appelée il y a deux étés, un peu paniqué. Il venait d’acheter un olivier hors de prix en pépinière pour en offrir un exemplaire identique à son voisin, et quelqu’un lui avait dit que c’était impossible. « Olivia, on ne peut vraiment pas en faire une copie conforme ? » Ben si ! Le bouturage, justement. Avec deux fois rien et un peu de patience, tu peux multiplier ton olivier à l’identique, sans débourser un centime. Franchement, c’est l’une des techniques les plus satisfaisantes que je connaisse.
L’idée est simple : prélever un rameau sur ton olivier existant, créer les conditions pour qu’il développe ses propres racines, et obtenir un arbre génétiquement identique à la plante mère. Contrairement au semis, qui peut donner n’importe quoi, la bouture te garantit la même variété, la même vigueur, les mêmes fruits. On appelle ça un clone.
Les Points Clés à Retenir
| Point clé | A retenir |
|---|---|
| Meilleure période | Juillet à mi-septembre (boutures semi-ligneuses) |
| Taux de réussite moyen | 30 à 60 % selon les conditions |
| Hormone de bouturage | Facultative mais recommandée aux débutants |
| Temps d’enracinement | 4 à 8 semaines |
| Transplantation pleine terre | Pas avant 6 à 12 mois |
Les trois types de boutures d’olivier
Pas un seul type de bouture, mais trois, selon la saison et l’état du rameau. C’est le premier truc à comprendre, parce que beaucoup de gens butent là.
La bouture semi-ligneuse (juillet à mi-septembre) : c’est la méthode reine. Les rameaux de l’année ont commencé à se lignifier — ils sont légèrement durs mais encore flexibles. Ce semi-aoûtage leur donne des réserves en azote et en carbone qui favorisent l’enracinement. Taux de réussite le plus élevé. C’est cette technique que je détaille dans cet article.
La bouture herbacée (mai-juin) : sur pousses très tendres, encore vertes. Ça marche mais c’est nettement plus fragile — les rameaux se déshydratent vite et nécessitent une humidité constante très surveillée.
La bouture ligneuse (automne-hiver) : sur bois aoûté, dormant. Taux de reprise plus faible, technique à réserver aux expérimentés. Intéressant pour les variétés difficiles à bouturer autrement.
Tu vois, pour un premier essai, reste sur la semi-ligneuse en juillet-août. Vraiment.
Pourquoi juillet-septembre est la période idéale ?
C’est une question de biologie. À cette période, les rameaux de l’année sont au maximum de leurs réserves nutritives. L’arbre est en pleine activité, la chaleur ambiante favorise l’enracinement, et les boutures ont encore plusieurs mois pour se stabiliser avant les froids. Si tu comprends le cycle végétatif de l’olivier, tu comprends instinctivement pourquoi ce timing fonctionne.
À partir de mi-septembre, les températures baissent et l’enracinement ralentit. Ce n’est pas impossible, mais c’est moins fiable.
Le matériel : ce dont tu as besoin
Rien d’extraordinaire, vraiment :
- Un sécateur bien aiguisé et désinfecté (alcool à 70° ou eau javellisée diluée)
- Des pots en plastique perforés ou en terre cuite avec drainage — 8 à 10 cm de diamètre suffisent pour l’enracinement
- Un substrat léger et drainant : mélange 50/50 terreau + sable de rivière ou perlite
- De la poudre ou du gel d’hormone de bouturage (rayon bouturage en jardinerie — marques Fertiligène, Osmocote, etc.)
- Un film alimentaire ou une bouteille plastique coupée pour créer l’effet étuvée
- Une soucoupe pour l’arrosage par capillarité
L’hormone n’est pas indispensable — l’olivier peut s’enraciner sans. Mais pour un débutant, elle augmente significativement les chances de réussite et réduit le temps d’enracinement. Je la recommande toujours pour les premiers essais.
Sélectionner et préparer la bouture
C’est là que beaucoup d’erreurs se font, dès le départ.
Choisir le bon rameau : prends un rameau de l’année (pousse printanière), sain, sans signe de maladie, sans pucerons, sans cochenilles. Il doit être semi-lignifié — légèrement résistant quand tu le plies, mais pas encore cassant. Longueur idéale : 15 à 20 cm, avec 6 à 8 paires de feuilles.
Prélever le matin : l’arbre est bien hydraté à cette heure-là. Plus tu attends dans la journée, plus le rameau se déshydrate avant même d’être bouturé.
Préparer la bouture :
- Coupe franche en biseau sous un nœud (l’endroit où une paire de feuilles s’attache à la tige)
- Supprime les feuilles des deux tiers inférieurs — ne laisse que 2 à 3 paires en haut
- Optionnel mais efficace : fais une légère incision verticale de 1-2 cm à la base, ça augmente la surface d’enracinement
- Trempe la base dans la poudre hormonale sur 1 cm environ. Tapote pour enlever l’excédent.
Travaille vite entre le prélèvement et la mise en pot. Une bouture qui sèche 20 minutes au soleil, c’est déjà moins de chances de réussite.

Mise en pot : les étapes dans le bon ordre
- Remplis ton pot du substrat drainant, légèrement humidifié
- Fais un trou avec un crayon ou une baguette — 4 à 5 cm de profondeur. Ne plante jamais directement sans trou, tu arracherais l’hormone de la base
- Insère la bouture délicatement et tasse légèrement le substrat autour pour éliminer les poches d’air
- Crée l’effet serre : bouteille plastique coupée posée par-dessus, ou film alimentaire tendu sur des arceaux de fil de fer. Perce quelques petits trous pour éviter les moisissures — on veut de l’humidité, pas de l’asphyxie
- Place dans un endroit lumineux mais sans soleil direct — fenêtre orientée est ou ouest, ou ombre légère à l’extérieur. Entre 20 et 25 °C idéalement
- Arrose par la soucoupe : remplis régulièrement la soucoupe d’eau, le substrat se gorge par capillarité. Ne jamais arroser par le haut en quantité, risque de pourrissement

Le suivi semaine après semaine
C’est la phase où les débutants paniquent. Rien ne se passe visiblement pendant des semaines, et on se demande si on a raté. Voilà ce qui se passe réellement sous le substrat :
| Semaine | Ce que tu observes | Que faire |
|---|---|---|
| 1 à 3 | Rien de visible | Maintenir l’humidité, ne pas toucher |
| 3 à 4 | Feuilles qui tiennent (bon signe !) | Continuer, arrosage en soucoupe |
| 4 à 5 | Premières racines au fond du pot | Réduire très progressivement l’humidité |
| 6 à 8 | Nouvelles petites feuilles = reprise confirmée | Commencer à aérer la mini-serre |
| 2 à 3 mois | Plant stabilisé | Rempoter en godets individuels plus grands |
Ne tire jamais sur la bouture pour « tester » si des racines se sont formées. C’est le réflexe classique, et il brise les jeunes racines chaque fois. Attends les nouvelles feuilles — c’est LE signe indiscutable de réussite.

Rempoter et conduire le jeune plant
Une fois les nouvelles feuilles bien visibles et le plant stabilisé (2 à 3 mois après la mise en bouture), tu peux rempoter dans un contenant plus grand — 12 à 15 cm de diamètre. Utilise un terreau pour méditerranéens ou un mélange terreau + sable (70/30).
À partir de là, le jeune olivier a besoin :
- D’être acclimatas progressivement à l’extérieur si tu as bouturé en intérieur : quelques heures par jour au début, puis de plus en plus
- D’arrosages réguliers mais sans excès — la règle de l’olivier s’applique déjà : mieux vaut trop sec que trop humide
- D’un hiver à l’abri la première année si tu es dans une région froide — le système racinaire est encore fragile
La transplantation en pleine terre ne se fait pas avant 1 an minimum, idéalement 18 mois. Un plant bouturé en août sera prêt à aller en terre au printemps de l’année suivante, voire celui d’après. Tu vois, c’est là que la patience paye vraiment.

Les erreurs qui font échouer
Franchement, la plupart des échecs que j’observe viennent de là :
- Plein soleil direct sur les boutures : déshydratation garantie avant même l’enracinement
- Substrat trop compact ou trop riche : l’olivier déteste les racines dans l’eau stagnante — toujours un substrat léger et drainant
- Une seule bouture : les humains font ça, moi incluse au début. Fais-en toujours 5 à 10 minimum. Un taux de réussite de 40 % n’est pas un échec, c’est la norme. Sur 10 boutures, tu en récupèreras 4 à 6 belles.
- Rameau trop jeune ou trop vieux : ni pousse toute tendre, ni bois entièrement dur
- Sevrer l’humidité trop tôt : la mini-serre doit rester en place plusieurs semaines après les premiers signes de reprise
Au final, le bouturage c’est un peu comme apprendre à faire du vélo : les premières fois on chute, et puis on prend le coup de main. L’essentiel, c’est de multiplier les tentatives et de ne pas se décourager sur un premier échec isolé 🌳
Pour aller plus loin dans la multiplication et la culture de l’olivier, l’AFIDOL (Association Française Interprofessionnelle de l’Olive) publie régulièrement des ressources techniques de référence destinées aussi bien aux professionnels qu’aux amateurs éclairés.

Quinze ans passés sur le terrain, dans les vergers et les oliveraies, avant de fonder Olivarbo. Sa mission : rendre l’arboriculture accessible à tous, qu’on soit propriétaire d’un seul olivier ou gestionnaire d’un verger entier. Elle partage ici ses conseils avec la même passion qui l’anime depuis le début, sans jargon inutile et sans détour.

