Un dépérissement lent, des rameaux qui sèchent par segments, une croissance qui s’étiole sans raison visible en surface. J’ai découvert ce type de tableau sur une exploitation du Gard, il y a quelques années. L’oléiculteur pensait à un problème racinaire lié à l’humidité. En creusant autour des racines, on a trouvé autre chose : des larves blanchâtres en forme de C, bien installées dans les couches supérieures du sol. Des otiorhynques. Leur festin silencieux avait endommagé les poils absorbants sur plusieurs arbres.
Ce genre de dégât passe souvent inaperçu pendant des mois. Et il existe une intervention mécanique simple, pratiquée en hiver, qui peut perturber significativement leur développement : le sous-solage. Je t’explique pourquoi et comment ça fonctionne.
Les points clés à retenir
| Ravageur et problème ciblé | Stade vulnérable | Bénéfice du sous-solage |
|---|---|---|
| Otiorhynque (Otiorhynchus spp.) | Larves dans le sol en hiver | Galeries brisées, larves exposées au gel |
| Hanneton (Melolontha spp.) | Larves hivernantes à 20-40 cm | Remontée en surface, prédation accrue |
| Cigale (Cicada spp.) | Nymphes à 20-50 cm de profondeur | Destruction des cellules d’hivernage |
| Sol compacté | Toute la saison | Aération, meilleur drainage, enracinement plus profond |
Trois insectes souterrains que l’olivier craint
On parle souvent des ravageurs aériens de l’olivier : la mouche de l’olive, l’oeil de paon, la cochenille noire. Les insectes souterrains, eux, sont bien moins dans le radar des oléiculteurs. Pourtant, leurs dégâts peuvent être tout aussi sérieux, et beaucoup plus difficiles à diagnostiquer.
L’otiorhynque est un petit coléoptère dont les larves, de couleur crème, vivent dans le sol et se nourrissent des racines fines et des poils absorbants de l’olivier. Résultat : une absorption d’eau et de nutriments réduite, une sensibilité accrue aux stress. L’arbre fatigue sans raison apparente.
Le hanneton et ses larves (les vers blancs) s’attaquent elles aussi aux racines. Leur cycle de développement est plus long (2 à 3 ans), mais leurs dégâts peuvent aller jusqu’à la mort des jeunes arbres par destruction complète du système racinaire superficiel.
La cigale est connue pour son chant, moins pour sa nymphe souterraine. Cette dernière passe plusieurs années dans le sol (de 2 à 17 ans selon l’espèce) en se nourrissant de sève racinaire, avant d’émerger en adulte. Sur oliveraies, des populations importantes peuvent exercer une pression racinaire significative.
Ces trois insectes partagent un point commun décisif : un stade larvaire souterrain hivernal, pendant lequel ils sont particulièrement vulnérables à une intervention mécanique bien ciblée.

Le sous-solage : comment ça marche concrètement ?
Le sous-solage est une technique de travail en profondeur du sol, réalisée à l’aide d’une sous-soleuse à dents fixes ou à ressorts tirée par un tracteur. À la différence d’un labour classique, la sous-soleuse ne retourne pas la terre : elle la fissure verticalement, en profondeur, sans modifier la structure de surface.
Sur une oliveraie en place, l’intervention se réalise entre les rangées d’arbres, à distance suffisante des troncs pour ne pas sectionner les racines principales. La profondeur de travail se situe généralement entre 30 et 50 cm selon la densité du sol et la cible visée.
Comment ça perturbe les insectes ? De trois façons :
- Brisure mécanique directe : les galeries des otiorhynques et les cellules d’hivernage des cigales sont physiquement détruites. Les larves se retrouvent exposées en surface, où le gel hivernal et les prédateurs naturels (oiseaux, carabidés) font le reste.
- Remontée des larves : les hannetons et autres vers blancs remontent involontairement pendant le passage des dents. Exposés en surface en hiver, leur mortalité augmente fortement.
- Activation des champignons entomopathogènes : en augmentant l’oxygénation du sol, le sous-solage crée des conditions favorables au développement de Metarhizium anisopliae et Beauveria bassiana, deux champignons microscopiques naturellement présents dans les sols sains. Ces organismes sont des parasites naturels des insectes : quand leurs spores entrent en contact avec la cuticule d’une larve, elles germent et détruisent l’hôte de l’intérieur. Un allié invisible, mais redoutablement efficace.

Quand intervenir et avec quelles précautions ?
Le moment idéal est l’hiver, entre décembre et début février, pendant la période de repos végétatif de l’olivier. Les larves sont alors en pleine phase d’hivernage, concentrées dans les couches supérieures du sol pour profiter de la chaleur résiduelle. C’est exactement là que le sous-solage les atteint le mieux.
Quelques règles à respecter pour ne pas nuire à l’olivier lui-même :
- Intervenir au minimum à 1,5 mètre du tronc pour les arbres adultes. Les racines principales de l’olivier peuvent s’étendre loin, mais les racines d’absorption les plus actives sont en général à 1 à 2 m de la couronne.
- Ne jamais sous-soler sur sol détrempé : on compacte au lieu d’aérer, et on crée des semelles de labour.
- Passer dans le sens des rangs pour limiter le nombre d’interventions proches des arbres.
- Sur jeune oliveraie (moins de 3 ans), rester prudent et réduire la profondeur de travail.
Ce que ça change aussi pour le sol
Au-delà du contrôle des insectes, le sous-solage hivernal apporte des bénéfices agronomiques plus larges sur l’oliveraie.
Un sol compacté par les passages répétés d’engins crée une semelle imperméable qui ralentit la pénétration des pluies hivernales et favorise le ruissellement. Le sous-solage brise cette semelle, améliore l’infiltration de l’eau en profondeur et augmente la réserve utile disponible pour les racines en période sèche.
Il favorise aussi un enracinement plus profond de l’olivier. En coupant périodiquement les racines superficielles, il incite l’arbre à en développer de nouvelles, plus profondes, donc moins dépendantes des variations de température et d’humidité en surface.
Pour les oliveraies en enherbement maîtrisé, des sous-soleuses équipées de couteaux de section peuvent travailler en profondeur sans détruire la couverture herbacée de surface : les dents fendent le sol verticalement et se referment, laissant le tapis végétal intact. C’est la technique privilégiée par les oléiculteurs soucieux de préserver la biodiversité et la structure de surface.
Le sous-solage hivernal n’est pas une solution miracle. Mais associé à une surveillance régulière du sol (prélèvements, fosses de contrôle) et à d’autres pratiques de gestion agroécologique, il constitue un outil vraiment pertinent pour réduire la pression des insectes souterrains et améliorer durablement la santé de l’oliveraie 🌳.

Quinze ans passés sur le terrain, dans les vergers et les oliveraies, avant de fonder Olivarbo. Sa mission : rendre l’arboriculture accessible à tous, qu’on soit propriétaire d’un seul olivier ou gestionnaire d’un verger entier. Elle partage ici ses conseils avec la même passion qui l’anime depuis le début, sans jargon inutile et sans détour.

