Quand j’ai vu les titres tomber dans mon fil d’actu au printemps dernier, j’ai failli recracher mon café. « Des hydrocarbures dans votre huile d’olive. » « Des dérivés du pétrole dans vos assiettes. » Et ce genre de phrase choc que les magazines de consommateurs adorent mettre en avant juste avant le week-end. Le résultat ? Mon téléphone a sonné pendant trois jours. Des clients paniqués, des producteurs énervés, des gens qui me demandaient s’ils devaient jeter leurs bouteilles.
Alors voilà. On va en parler sérieusement, sans affolement ni minimisation. Parce que c’est un sujet qui mérite mieux que les titres anxiogènes d’un côté et les « pas de quoi s’inquiéter » balayés trop vite de l’autre.
Les Points Clés à Retenir
| Élément | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|
| MOAH | Hydrocarbures Aromatiques d’Huiles Minérales (dérivés du pétrole) |
| MOSH | Hydrocarbures Saturés d’Huiles Minérales, moins dangereux que les MOAH |
| Origine | Lubrifiants machines, emballages recyclés, encres, environnement |
| Risque MOAH | Potentiellement cancérogènes et génotoxiques (pas dans l’huile elle-même) |
| Réglementation | Limite UE à 2 mg/kg entrée en vigueur en janvier 2026 |
| Huiles concernées | Surtout les premiers prix et certaines huiles de grande distribution |
| Bonne stratégie | Privilégier AOP, petits producteurs, huiles avec traçabilité |
D’abord, c’est quoi exactement les MOAH ?
MOH, MOSH, MOAH… je comprends que ça donne le vertige. On décode ensemble.
Les MOH (hydrocarbures d’huiles minérales) sont une grande famille de contaminants d’origine pétrolière. Ils se divisent en deux groupes :
- Les MOSH (hydrocarbures saturés) : ils peuvent s’accumuler dans le foie et le système lymphatique, mais selon l’état actuel des connaissances, leur toxicité directe reste limitée.
- Les MOAH (hydrocarbures aromatiques) : là c’est plus problématique. Certaines molécules de cette famille, notamment celles à 3 cycles aromatiques ou plus, sont classées comme potentiellement cancérogènes et génotoxiques par l’EFSA (l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments).
Ce que tu vois dans ta bouteille d’huile d’olive ne contient pas naturellement ces substances. L’olive, l’olivier, le fruit : rien de tout ça n’en produit. Ce sont des contaminants externes, qui s’introduisent au fil de la chaîne de production.
D’où viennent ces contaminants ?
C’est là que c’est intéressant. Les MOAH n’arrivent pas par magie dans l’huile. Il y a des chemins précis :
À la récolte : les machines à secouer, les tapis de réception, les tracteurs… si leurs lubrifiants ne sont pas alimentaires ou si une fuite se produit, le contact avec les olives peut contaminer l’ensemble de la production. Des études ont montré que des olives cueillies à la main avaient des taux presque nuls. Cueillies à la machine avec un équipement mal entretenu ? Les chiffres montent.
Pendant la transformation : les moulins, centrifugeuses, pompes et filtres peuvent tous être source de contamination si les lubrifiants utilisés ne sont pas certifiés alimentaires. Un moulin sérieux le sait. Un moulin low-cost industriel, parfois moins.
Lors du stockage et transport : les bâches, tuyaux plastiques inadaptés, certains emballages en carton recyclé (avec encres d’impression riches en hydrocarbures) peuvent relarguer ces contaminants.
Bref. Ce n’est pas l’huile qui est mauvaise à la base. Ce sont des négligences industrielles dans une filière parfois trop industrialisée.

Les résultats des tests : qui est vraiment concerné ?
Quand 60 Millions de Consommateurs a publié son enquête au printemps 2025, sur 22 huiles d’olive vierge extra testées, la moitié contenait des MOSH ou des MOAH détectables. Le cas le plus flagrant, l’huile Eco+ de Leclerc, affichait un taux de MOAH cinq fois supérieur aux seuils recommandés.
Est-ce que ça veut dire que toutes les huiles sont dangereuses ? Non. Honnêtement, non. Ce que ça signifie, c’est que certaines huiles à bas prix, produites dans des conditions industrielles peu contrôlées, posent des questions légitimes.
Les huiles AOP, les petits producteurs qui maîtrisent leur chaîne du moulin à la bouteille, les huiles avec une vraie traçabilité ? Les taux mesurés sont généralement bien en dessous des seuils préoccupants. Ce n’est pas une question de bio ou pas bio d’ailleurs : certaines huiles bio testées contenaient aussi des traces. Le label bio garantit les pratiques agricoles, pas la pureté du produit fini face aux contaminants industriels.
La réglementation : où en est-on ?
C’est un vrai sujet de fond. Pendant des années, il n’existait aucune limite légale pour les MOAH dans les aliments. L’Union européenne s’était contentée de « recommandations de surveillance » depuis 2017, autrement dit : regardez mais ne faites rien.
Fin 2023, la Commission européenne a proposé une limite de 2 mg/kg pour les MOAH dans la plupart des huiles végétales. Cette limite est entrée en vigueur en janvier 2026. C’est une avancée réelle, même si certains pays producteurs (la Grèce notamment) ont souligné que les méthodes de détection actuelles manquent encore de précision et peuvent confondre certains composés naturels de l’olive avec de véritables contaminants.
Ça veut dire que le débat scientifique n’est pas complètement clos. Mais ça ne veut pas dire qu’il faut ignorer le sujet.
Comment choisir son huile maintenant ?
Voilà ce que je conseille à mes clients depuis que cette histoire est remontée à la surface :
- Évite les premiers prix en grande surface, surtout les marques distributeur sans traçabilité géographique précise
- Cherche des huiles avec une AOP ou IGP, qui imposent des contrôles plus stricts sur l’ensemble de la chaîne
- Privilégie les petits producteurs qui embouteillent eux-mêmes leur production : moins d’intermédiaires, moins de risques de contamination
- Si tu achètes en ligne, regarde si le producteur communique sur son moulin, sa date de récolte, ses analyses
- Une huile à moins de 5 € le litre en grande surface devrait t’interroger sur les conditions de production
En France et dans les pays méditerranéens, des producteurs sérieux existent partout. On en parle souvent sur Olivarbo, parce que comprendre comment l’huile d’olive est produite reste la meilleure façon de faire des choix éclairés.

En résumé : faut-il vraiment s’inquiéter ?
Je vais être franche avec toi. Le risque lié aux MOAH est réel mais proportionnel. Une exposition ponctuelle à des traces de MOAH ne va pas déclencher un cancer demain matin. C’est une exposition chronique, sur des années, à des taux élevés, qui constitue un problème. Et les niveaux mesurés dans les huiles concernées, même dans les plus contaminées, restent dans les ordres de grandeur discutés, pas dans le registre de la catastrophe immédiate.
Bref. Pas de panique. Mais pas de naïveté non plus.
La bonne nouvelle ? Ce scandale a eu au moins un effet utile : accélérer la réglementation européenne et forcer l’industrie à se regarder en face. Et toi, en choisissant mieux ton huile, tu pousses le marché dans la bonne direction.
Ça, ça vaut bien de se poser cinq minutes avant de mettre n’importe quelle bouteille dorée dans son caddie.

Quinze ans passés sur le terrain, dans les vergers et les oliveraies, avant de fonder Olivarbo. Sa mission : rendre l’arboriculture accessible à tous, qu’on soit propriétaire d’un seul olivier ou gestionnaire d’un verger entier. Elle partage ici ses conseils avec la même passion qui l’anime depuis le début, sans jargon inutile et sans détour.

