Il y a deux ans, je visitais une oliveraie dans les Alpilles. Le propriétaire était désespéré : ses Salonenque avaient la moitié du feuillage marqué par l’œil de paon, les nouvelles pousses déjà atteintes. « J’ai traité pourtant, je comprends pas. » On regarde ensemble ses habitudes. Il appliquait la bouillie bordelaise… après les premières grosses pluies de septembre. Deux semaines trop tard. Le produit était là, la bonne volonté aussi. Mais le timing, non.
C’est souvent ça le problème avec la bouillie bordelaise. Le produit lui-même est simple, accessible, autorisé en bio, pas cher. Ce qui change tout, c’est de savoir quand et comment l’utiliser. Dans cet article, je te donne le calendrier précis, les dosages exacts, et les erreurs à absolument éviter sur l’olivier.
Les points clés à retenir
| Aspect du traitement | Réponse pratique |
|---|---|
| Période printemps | Mars-avril, après la taille |
| Période automne | Fin août-septembre, avant les pluies |
| Dosage préventif | 10 g par litre d’eau |
| Dosage curatif (maximum) | 12 à 15 g/L |
| Maladies ciblées | Œil de paon, cercosporiose, fumagine |
| Autorisé en agriculture biologique | Oui |
| Nombre de passages recommandés | 2 à 3 par saison selon pression fongique |
Pourquoi la bouillie bordelaise protège l’olivier
La bouillie bordelaise, c’est un mélange de sulfate de cuivre (CuSO₄) et de chaux éteinte. Le cuivre, c’est l’actif fongicide : il empêche la germination des spores en créant un environnement hostile pour les champignons. La chaux neutralise sa corrosivité pour éviter d’abîmer le feuillage.
Concrètement, ça agit comme un bouclier de surface. Le cuivre ne pénètre pas dans l’arbre, il protège les feuilles de l’extérieur. Ce qui explique pourquoi c’est un traitement avant tout préventif : une fois le champignon installé à l’intérieur du tissu foliaire, l’application ne sert plus à grand chose. Cette nuance, franchement, beaucoup de gens ne la voient pas.
Les maladies ciblées sur l’olivier :
- L’œil de paon (Spilocea oleagina) : la plus fréquente, taches concentriques jaune-brun qui provoquent la chute des feuilles. Se propage lors des pluies douces, de février à mai et d’octobre à décembre.
- La cercosporiose : champignon proche, feutrage gris-noir à la face inférieure des feuilles, même période de contamination.
- La fumagine : dépôt noir sur le feuillage, souvent secondaire à des cochenilles. La bouillie bordelaise aide à en limiter la progression.

À quel moment traiter : le calendrier à suivre
C’est vraiment là que tout se joue. La bouillie bordelaise doit être présente sur les feuilles avant l’arrivée des spores, pas après.
Traitement de printemps
Mars-avril, juste après la taille. C’est le moment idéal pour deux raisons : les plaies de taille sont fraîches et sensibles, et la période humide printanière commence. Sur les variétés sensibles comme la Lucques ou la Tanche, ne pas sauter ce passage.
Si tu es dans le Nord de la zone de culture (Loire-Atlantique, Bretagne), attends que les risques de gel soient passés. Une gelée après traitement peut causer des brûlures foliaires en combinaison avec le cuivre.
Traitement d’automne
Fin août à mi-septembre, avant les premières pluies contaminatrices. C’est le passage le plus critique selon moi. L’été est souvent sec, les champignons attendent. Dès que les pluies reprennent avec des températures encore douces (au-dessus de 9°C), les spores se réveillent. Anticipe, ne réagis pas.
Sur des variétés très sensibles ou dans des zones très arrosées, un troisième passage en novembre peut se justifier. Mais pour la majorité des oliviers de jardin, deux traitements par an suffisent largement.
Dosage précis et préparation du mélange

Les dosages à retenir
- En préventif : 10 g de bouillie bordelaise pour 1 litre d’eau. C’est le dosage standard, celui qui marche dans la grande majorité des situations.
- En curatif (symptômes déjà visibles) : jusqu’à 12-15 g/L, sans dépasser ce seuil. Au-delà, on risque la phytotoxicité : des brûlures foliaires, de la nécrose. Franchement contre-productif.
Le produit le plus courant en jardinerie, c’est le « Traité 58% » en poudre bleue. Tu pèses, tu dilues. C’est vraiment ça.
Préparer le mélange en pratique
- Verse l’eau dans le pulvérisateur ou un seau intermédiaire
- Ajoute la poudre progressivement en remuant
- Assure-toi que la poudre soit complètement dissoute
- Utilise immédiatement : ne prépare pas à l’avance, le mélange se dégrade rapidement
Petit point technique souvent ignoré : la solution doit être légèrement alcaline, avec un pH entre 7 et 8. Des bandelettes pH à 5€ en pharmacie permettent de vérifier. Si le pH est trop bas, quelques grammes de chaux éteinte suffisent à corriger.
Comment appliquer correctement

Le matériel
Un pulvérisateur à dos avec buse fine convient parfaitement pour les oliviers de jardin. Pour des arbres plus grands ou une petite oliveraie, une lance télescopique avec appareil à pression entretenue est bien plus pratique.
La technique de pulvérisation
L’objectif : créer un brouillard homogène sur l’ensemble du feuillage, intérieur compris. Tiens le pulvérisateur à 20-25 cm des feuilles, en faisant des mouvements de bas en haut. Les feuilles doivent être humides, pas ruisselantes. Un litre de solution traite en moyenne 3 à 4 arbres de taille courante.
Concentre-toi sur les feuilles, pas sur le tronc ou les grosses branches : l’olivier n’a pas de maladie fongique sur le bois, inutile de gaspiller le produit là-dessus.
Les conditions météo à respecter
- Par temps calme, sans vent fort
- Jamais avant la pluie (le produit serait lessivé avant d’agir)
- Jamais par forte chaleur, au-dessus de 25°C (risque de brûlures foliaires)
- Matin tôt ou soir en période estivale
Les précautions à ne pas négliger
La bouillie bordelaise est autorisée en bio, mais ça ne veut pas dire « sans risque » utilisée n’importe comment.
- Protection individuelle obligatoire : gants, lunettes, masque. Le cuivre est irritant pour les muqueuses, les yeux et la peau. Pas de paranoia, mais c’est vraiment utile.
- Accumulation dans le sol : le cuivre ne se dégrade pas, il s’accumule. Évite les passages systématiques si ta pression fongique est faible. Deux traitements préventifs par an, c’est la bonne cible pour la plupart des situations.
- Rince bien le pulvérisateur après usage, plusieurs fois. Pulvérise l’eau de rinçage sur du sol nu, pas sur les plantes.
Le propriétaire des Alpilles dont je te parlais plus haut ? Il a recommencé proprement l’automne suivant, en anticipant les pluies pour une fois. Cette année, ses Salonenque étaient nickel. 🌳 C’est ça la bouillie bordelaise : un outil fiable, à condition de le respecter.

Quinze ans passés sur le terrain, dans les vergers et les oliveraies, avant de fonder Olivarbo. Sa mission : rendre l’arboriculture accessible à tous, qu’on soit propriétaire d’un seul olivier ou gestionnaire d’un verger entier. Elle partage ici ses conseils avec la même passion qui l’anime depuis le début, sans jargon inutile et sans détour.
