Il y a deux ans, j’intervenais sur une exploitation près de Nîmes pour un diagnostic global, et le propriétaire m’a emmenée voir une parcelle qu’il avait « un peu laissée de côté » depuis quelques années. Quelques années… En réalité, ses soixante oliviers n’avaient pas vu un sécateur depuis au moins cinq ans. Des gourmands de deux mètres qui étouffaient les branches charpentières, des rameaux se croisant dans tous les sens, des couronnes tellement denses que la lumière ne traversait plus. Sa récolte avait chuté de 70 % en trois ans. Il ne comprenait pas pourquoi.
Franchement, l’explication était là, devant nous.
L’olivier pardonne beaucoup de choses. Mais pas l’abandon complet. La taille, c’est vraiment LE geste central de son entretien. Pas forcément compliqué, mais ça demande de comprendre pourquoi on coupe avant de savoir où couper. Dans cet article, on voit ensemble les bonnes raisons de tailler, la période idéale selon ta région, les 4 types de taille selon l’âge de ton arbre, les outils et gestes essentiels, et ce qu’il faut faire (mais qu’on oublie trop souvent) juste après. Un schéma est inclus pour visualiser les coupes d’un seul coup d’œil 🌳
Les points clés à retenir
| Type de taille | Arbre concerné | Période idéale | Fréquence recommandée |
|---|---|---|---|
| Formation | Jeune olivier (1 à 5 ans) | Mars-avril | Annuelle |
| Fructification | Olivier adulte productif | Février-avril | Annuelle |
| Restauration | Olivier négligé ou trop développé | Fin hiver (après les gelées) | Tous les 5 à 10 ans |
| Ornementale | Olivier en pot ou décoratif | Février-mai | 1 à 2 fois par an |
Pourquoi tailler son olivier ?
L’olivier n’a pas besoin d’être taillé pour survivre, ça c’est vrai. On en trouve des multi-centenaires qui tiennent debout sans avoir jamais connu un sécateur. Mais si tu veux un arbre équilibré, productif et en bonne santé, la taille devient indispensable.
Première raison, et c’est la plus importante pour les amateurs d’olives : les fruits se forment uniquement sur le bois de l’année précédente. Si tu n’élimines pas régulièrement les rameaux ayant déjà fructifié, ton arbre va s’épuiser sur du vieux bois stérile. La taille favorise donc le renouvellement constant des rameaux porteurs.
Deuxième raison : l’aération. Un olivier trop dense favorise les maladies fongiques (l’œil de paon en particulier), empêche une bonne pollinisation et prive les fruits de la lumière dont ils ont besoin pour mûrir. Et puis il y a l’aspect maîtrise du développement : laissé libre, l’olivier peut atteindre 10 à 15 mètres. Dans un jardin, on préfère généralement quelque chose de plus raisonnable tu vois.
Quand tailler l’olivier ?
La règle d’or : après les dernières gelées, avant la floraison. La floraison commence vers fin mai. Les gelées sévères s’arrêtent entre janvier et avril selon les régions. La fenêtre idéale se situe donc entre février et avril, avec une nuance selon où tu te trouves.
| Région | Période recommandée | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Sud de la France (PACA, Occitanie) | Mi-février à fin mars | Gelées tardives possibles en altitude |
| Centre et zones intermédiaires (Drôme, Ardèche, Gard) | Mars à mi-avril | Attendre des nuits stables au-dessus de -2°C |
| Régions plus froides ou culture en pot | Avril-mai | Tailler après tout risque de gel écarté |
Une taille réalisée juste avant que la végétation reparte laisse à l’arbre le temps de cicatriser dans de bonnes conditions. C’est un peu comme opérer au bon moment : ça fait toujours une plaie, mais le corps récupère bien mieux dans certaines circonstances que dans d’autres.
À éviter absolument : tailler en plein été (stress hydrique et chaleur rendent la cicatrisation difficile) et juste avant une vague de gel annoncée.
Les 4 types de taille selon l’âge et l’état de l’arbre
La taille de formation (0 à 5 ans)
C’est la taille des premières années. Son objectif : construire une charpente solide et aérée avant que l’arbre entre en production. On attend généralement que le tronc atteigne 80 cm à 1 mètre de hauteur.
Concrètement, on sélectionne 3 à 5 branches charpentières bien réparties autour du tronc, on supprime les rameaux qui poussent vers l’intérieur ou vers le bas, et on rabat la tige centrale si on vise la forme traditionnelle en gobelet. Cette forme ouverte au centre n’est pas qu’esthétique : elle maximise la lumière sur l’ensemble des rameaux. Patience requise. Un jeune olivier, ça ne se forge pas en une seule intervention.
La taille de fructification (arbre adulte)
C’est la taille annuelle de l’olivier en production. Elle vise à renouveler les rameaux fructifères et à maintenir une couronne bien aérée. On supprime une partie des rameaux ayant déjà porté des fruits (reconnaissables à leur aspect épuisé), on élimine les branches qui se croisent, on raccourcit les pousses trop longues d’un tiers environ.
Règle non négociable : ne jamais retirer plus de 30 % du volume foliaire en une seule intervention. Au-delà, le stress est trop important et on prend le risque d’affaiblir durablement l’arbre.
La taille de restauration (olivier négligé ou trop haut)
C’est exactement ce que j’ai préconisé pour les oliviers de cette exploitation nîmoise. Quand un arbre n’a pas été taillé depuis longtemps, ou qu’il a pris une ampleur difficile à gérer, une intervention plus radicale s’impose.
Le principe : procéder sur plusieurs années pour éviter un choc trop brutal. Première année, on rabat un tiers des branches les plus hautes et on élimine tout le bois mort. Année suivante, on continue. Jamais tout d’un coup, jamais en été. Et surtout : on protège les grosses plaies (on y revient plus bas).
La taille ornementale (pot ou forme décorative)
Pour un olivier en pot ou un arbre qu’on entretient pour son aspect décoratif, l’objectif n’est plus la production mais la silhouette. Forme en boule, en nuage, en parasol : tout est envisageable si tu interviens à la bonne période et avec les bons outils.
Les jeunes pousses peuvent se pincer à la main au printemps pour encourager la ramification. Deux tailles légères par an valent mieux qu’une intervention sévère tous les trois ans.
Schéma : comprendre les coupes en un coup d’œil
Ce schéma montre les éléments essentiels d’un olivier bien taillé en gobelet : les branches charpentières qui forment la structure de base, les rameaux fructifères à renouveler chaque année, les gourmands à supprimer en priorité, et les branches orientées vers l’intérieur de la couronne à éliminer. La règle du vase ouvert, c’est exactement ça : toujours laisser entrer la lumière par le centre.
Sur chaque coupe, l’angle compte. On coupe toujours juste au-dessus d’un bourgeon ou d’une fourche, légèrement incliné pour éviter la stagnation d’eau sur la plaie.

Les outils adaptés et les bons gestes
Pas besoin d’un arsenal. Trois outils couvrent 95 % des situations :
- Le sécateur pour les rameaux jusqu’à 2 à 3 cm de diamètre. C’est l’outil de base, à affûter et désinfecter avant chaque arbre.
- L’ébrancheur (coupe-branches) pour les branches entre 3 et 7 cm environ. Choisir un modèle à lames croisantes pour le bois vert.
- La scie arboricole pour tout ce qui dépasse. Pas une scie de bricolage, une vraie lame fine et bien tranchante.
La désinfection des outils entre chaque arbre, c’est non négociable si tu as plusieurs sujets. L’alcool à 70° ou un produit désinfectant adapté suffisent. Ça prend trente secondes et ça peut éviter de contaminer toute ta parcelle avec la verticilliose ou la tuberculose de l’olivier.
Pour la technique : on coupe toujours en dehors du collet de branche (ce léger renflement à la base), jamais à ras du tronc. Ce bourrelet contient les cellules qui vont refermer la plaie. C’est lui qui fait le travail, alors autant ne pas le supprimer.

Après la taille : les gestes qu’on oublie trop souvent
Honnêtement, c’est là que beaucoup de personnes bâclent. La taille, c’est bien. Ce qui se passe juste après conditionne aussi la santé de l’arbre sur le long terme.
Sur toute coupe de plus de 3 cm de diamètre, applique un mastic cicatrisant (en jardinerie, des produits type BioSeal ou équivalent). Il protège la plaie fraîche contre les pathogènes et accélère la cicatrisation naturelle.
Quelques jours après la taille, un passage à la bouillie bordelaise en pulvérisation sur le feuillage et les plaies est fortement recommandé, surtout si la météo annonce de la pluie. C’est purement préventif contre les maladies fongiques qui adorent profiter d’un arbre affaibli.
Les branchages ? Deux options : les broyer en BRF (bois raméal fragmenté) pour pailler le pied de l’arbre, ce qui est vraiment une très bonne pratique, ou les évacuer et brûler selon la réglementation locale. En aucun cas ne les laisse traîner sous tes arbres si tu as des signes de maladies : tu risques de réinfecter directement.

Au final, tailler un olivier, ça s’apprend en regardant l’arbre. Chaque branche qu’on coupe, c’est une décision. Avec le temps, tu développes un « œil » pour ça, une façon de sentir où l’arbre veut aller et comment l’aider. Mes premières tailles sur des arbres adultes étaient hésitantes, je vais pas te raconter le contraire. Aujourd’hui encore, face à un très vieil arbre dont la charpente est complètement chaotique, je prends le temps d’observer avant de saisir le sécateur. Vraiment, c’est la meilleure façon de ne pas regretter.
Bonne taille 🍃

Quinze ans passés sur le terrain, dans les vergers et les oliveraies, avant de fonder Olivarbo. Sa mission : rendre l’arboriculture accessible à tous, qu’on soit propriétaire d’un seul olivier ou gestionnaire d’un verger entier. Elle partage ici ses conseils avec la même passion qui l’anime depuis le début, sans jargon inutile et sans détour.

