La dalmaticose sur olivier : comprendre et agir

janvier 18, 2026

L’été dernier, un producteur du Var m’a appelée, complètement paniqué. « Olivia, mes olives ont des taches noires partout, elles tombent par dizaines… C’est foutu non ? »

J’arrive sur place. Verdict immédiat : dalmaticose. Une saloperie de maladie qui se développe sournoisement et qui peut te bousiller ta récolte en quelques semaines.

Alors parlons-en franchement, sans langue de bois.

Les points clés à retenir

ÉlémentInformation
CauseChampignon Botryosphaeria dothidea
SymptômesTaches brunes circulaires en dépression sur les olives
Période d’apparitionJuillet-août, pics fin août
VecteursMouche de l’olivier + cécidomyie
Pertes potentiellesJusqu’à 50% de la récolte
PréventionBarrières minérales (argile) dès juin-juillet
Traitement curatifLimité – cuivre + dodine

C’est quoi exactement, la dalmaticose ?

OK, commençons par les bases. La dalmaticose, c’est une maladie fongique causée par un champignon au nom compliqué : Botryosphaeria dothidea. Avant, on l’appelait Camarosporium dalmaticum, d’où le nom « dalmaticose ».

Ce champignon s’attaque exclusivement aux olives. Pas aux feuilles, pas aux branches. Juste aux fruits.

Et c’est là que ça devient vicieux.

Le trio infernal : champignon, mouche, cécidomyie

Bon, prépare-toi parce que c’est un peu complexe. La dalmaticose, c’est pas juste un champignon qui arrive comme ça. C’est un écosystème à trois acteurs :

1. La mouche de l’olivier (Bactrocera oleae)

Tu la connais sûrement, c’est le ravageur classique des oliveraies. Elle pond ses œufs dans les olives. Et quand elle pond, elle fait un petit trou. Un trou parfait pour…

2. Le champignon (Botryosphaeria dothidea)

Qui attend sagement qu’une blessure apparaisse sur l’olive pour s’y installer. La piqûre de mouche, c’est la porte d’entrée royale.

3. La cécidomyie de l’olive

Un petit diptère de 2 mm à peine. Et là, ça devient intéressant : cette cécidomyie est un prédateur des œufs de mouche (donc normalement, c’est un auxiliaire utile). Mais elle transporte aussi le champignon dans ses glandes salivaires.

Donc quand elle pond à son tour dans l’olive (pour manger l’œuf de la mouche), elle inocule le champignon. Ironique, non ?

Cycle de la maladie (schéma champignon-mouche-cécidomyie)

Comment reconnaître la dalmaticose ?

Les symptômes visibles

C’est assez caractéristique franchement :

Tache initiale :

  • Tache brune, circulaire, de quelques millimètres
  • Forme une dépression nécrotique (un petit creux)
  • Bien délimitée du reste de l’olive saine

Évolution :

  • La tache s’agrandit progressivement
  • L’olive se dessèche
  • Elle se momifie (devient toute fripée, dure)
  • Finit par chuter prématurément

Et voilà, tu perds ton olive.

Comparaison olive saine vs olive malade

Période d’apparition

Les symptômes apparaissent en été, typiquement :

  • Premières observations : juillet
  • Développement : août
  • Pic de dégâts : fin août

Ça correspond exactement à la période d’activité de la mouche de l’olive.

Tu vois le lien ?

Où chercher

Regarde bien tes olives à partir de juillet. Inspecte :

  • Les variétés sensibles en priorité (on y revient)
  • Les olives exposées
  • Les arbres près de zones humides ou irriguées par micro-aspersion

Dès que tu vois des taches suspectes, ouvre quelques olives. Sous la tache, tu peux parfois observer une petite larve rose-orangée : c’est la larve de cécidomyie.

Les variétés à risque

Toutes les variétés d’oliviers ne sont pas égales face à la dalmaticose.

Les plus sensibles

Bouteillan : de loin la plus touchée. Si tu as cette variété en zone littorale… prépare-toi.

Autres variétés sensibles :

  • Ascolana
  • Lucques
  • Tanche
  • Picholine (modérément)
  • Cailletier
  • Cayet Roux

Les facteurs aggravants

Certaines conditions favorisent vraiment la maladie :

Localisation géographique :

  • Proximité du littoral (humidité maritime)
  • Zones à brouillard fréquent
  • Fonds de vallée humides

Mode de culture :

  • Irrigation par micro-aspersion : augmente vraiment le risque
  • Irrigation excessive en été
  • Vergers denses mal aérés

Pression de mouche :

  • Plus il y a de piqûres de mouche, plus il y a de dalmaticose
  • C’est mathématique

Il y a deux ans, j’avais une cliente sur la côte varoise qui arrosait ses oliviers par aspersion tous les soirs en été. « Pour rafraîchir les arbres » qu’elle me disait. Ben ses Bouteillan… un carnage de dalmaticose. On a changé le système d’irrigation, et l’année suivante : divisé les dégâts par 3.

Prévention : la clé du succès

Franchement, une fois que la dalmaticose est là, c’est dur de rattraper le coup. La vraiment meilleure stratégie, c’est la prévention.

Lutter contre la mouche de l’olive

C’est LA priorité. Moins de piqûres = moins de dalmaticose.

Barrières minérales : ma solution favorite

Application d’argile kaolinite sur les olives :

  • Période : dès fin juin – début juillet
  • Dose : 185 g d’argile par arbre, dilués dans l’eau
  • Fréquence : renouveler tous les mois (juillet, août, parfois septembre)
  • Application : en pulvérisation fine sur les olives

Comment ça marche ? L’argile forme une barrière physique blanchâtre sur les olives. La mouche ne reconnaît plus le fruit, elle ne pond pas. Simple, écologique, efficace.

Attention : l’olive ne doit pas être complètement blanche (ça gênerait la photosynthèse), juste recouverte d’une fine pellicule. Tu passes ton doigt, tu vois la différence, mais l’olive garde sa couleur verte en dessous.

Autres méthodes contre la mouche :

  • Pièges à phéromones : capturent les mâles, limitent la reproduction
  • Pièges chromatiques : plaques jaunes engluées
  • Insecticides bio : spinosad, pyrèthre (à utiliser avec parcimonie)
  • Favoriser les auxiliaires : oiseaux, chauves-souris, araignées, hyménoptères parasites

Pour plus de détails, va voir l’article sur la mouche de l’olive.

Application de cuivre

Un traitement préventif au cuivre peut limiter l’installation du champignon :

  • Quand : juin ou juillet, avant les premières taches
  • Produit : bouillie bordelaise, hydroxyde de cuivre (Cuivristal)
  • Fréquence : 1-2 applications
  • Limite : durée d’efficacité courte, lessivé par la pluie

À combiner éventuellement avec l’argile lors de la première application (attention au mélange, ça peut être épais).

Photo d'application d'argile et cuivre 
sur oliviers

Gestion de l’irrigation

Si tu irrigues :

  • Évite absolument la micro-aspersion qui humidifie le feuillage
  • Privilégie le goutte-à-goutte au pied
  • Irrigue le matin (jamais le soir)
  • Réduis l’arrosage en période chaude si possible

Ramassage des olives touchées

Crucial : enlève et détruis toutes les olives présentant des symptômes de dalmaticose, AVANT que la larve de cécidomyie ne sorte et tombe au sol.

Pourquoi ? Parce que :

  • Les olives au sol = réservoir de champignon
  • Elles vont contaminer le sol
  • L’année suivante, rebelote

Comment détruire :

  • Brûler (idéal)
  • Ou jeter aux ordures ménagères
  • Surtout pas au compost ni en tas dans un coin du jardin

Traitements curatifs : limités mais existants

Bon, soyons clairs : une fois que les taches sont là, c’est compliqué de sauver l’olive.

Mais on peut essayer de limiter la progression :

Cuivre

  • Hydroxyde de cuivre (Cuivristal)
  • Action fongicide limitée
  • Peut ralentir le développement du champignon
  • Application dès les premiers symptômes

Dodine

  • Fongicide plus puissant
  • Attention : réglementation stricte, usage professionnel
  • Vérifier les AMM (Autorisations de Mise sur le Marché) en vigueur
  • Respecter les délais avant récolte

Mon avis : franchement, à ce stade, si t’as beaucoup de dalmaticose, tu vas surtout limiter la casse. Concentre-toi sur la prévention pour l’année suivante.

Impact sur la récolte

La dalmaticose, ça fait mal. Vraiment.

Pertes quantitatives

  • Chute massive d’olives
  • Pertes jusqu’à 50% de la récolte dans les cas sévères
  • Parfois plus sur variétés sensibles non traitées

Pertes qualitatives

  • Olives de table : impropres à la transformation (taches, nécrose)
  • Olives à huile : goût altéré, huile dégradée
  • Qualité organoleptique diminuée

Sur Bouteillan en zone littorale, sans traitement préventif, j’ai vu des pertes de 70%. Soixante-dix pourcent. Imagine l’impact économique pour un producteur.

Confusion avec d’autres problèmes

Attention à ne pas confondre la dalmaticose avec :

L’œil de paon

  • Différence : l’œil de paon attaque les feuilles, pas les olives
  • Taches circulaires concentriques (comme un œil)
  • Provoque la chute des feuilles

Plus d’infos sur la maladie de l’œil de paon.

La mouche de l’olive seule

  • Piqûre simple sans nécrose brune étendue
  • Galerie visible à l’intérieur de l’olive
  • Larve blanche (pas rose-orangée)

Dégâts de grêle ou mécanique

  • Blessures irrégulières
  • Pas de dépression nécrotique caractéristique
  • Évolution différente

Ma stratégie complète anti-dalmaticose

OK, tu veux vraiment protéger tes oliviers ? Voilà mon protocole complet, testé sur le terrain :

JUIN :

  • Installation de pièges à mouches
  • Premier traitement argile kaolinite (dès que les olives sont formées)
  • Éventuellement : cuivre si climat humide

JUILLET :

  • Surveillance hebdomadaire des olives
  • Deuxième application d’argile (renouveler après pluie importante)
  • Ramassage des premières olives suspectes

AOÛT :

  • Troisième application d’argile si nécessaire
  • Surveillance accrue
  • Enlever et détruire systématiquement les olives avec symptômes

SEPTEMBRE :

  • Continuer la surveillance
  • Dernière application d’argile si attaque tardive
  • Préparer la récolte en éliminant les fruits touchés

APRÈS RÉCOLTE :

  • Nettoyer le sol : ramasser TOUTES les olives tombées
  • Broyer ou évacuer
  • Bêcher légèrement pour enfouir les éventuelles spores

Bon à savoir : cette stratégie demande du boulot, mais elle fonctionne. Les producteurs qui l’appliquent sérieusement divisent leurs pertes par 5 à 10.

Questions fréquentes

La dalmaticose se transmet-elle d’un arbre à l’autre ?

Oui, via les spores du champignon. Mais le vecteur principal reste la mouche/cécidomyie. Un arbre isolé peut quand même être touché.

Peut-on manger les olives atteintes ?

Non. Elles sont nécrosées, momifiées, immangeables. Et le goût serait horrible. Jette-les.

L’olivier va-t-il mourir de dalmaticose ?

Non, l’arbre en lui-même ne meurt pas. Seule la récolte est affectée. Mais année après année, ça l’affaiblit quand même.

Y a-t-il des variétés résistantes ?

Pas vraiment de résistance totale. Mais certaines variétés sont beaucoup moins sensibles. Renseigne-toi avant de planter.

Est-ce que l’argile marche vraiment ?

Oui. J’ai des retours de dizaines de producteurs. Efficacité de 70-80% si bien appliquée. C’est la solution la plus fiable et écologique.

Pour aller plus loin

La dalmaticose, c’est un problème récent (apparu dans les années 2000-2010 en France) qui se propage. Avec le réchauffement climatique et l’expansion des oliveraies, on va probablement en voir de plus en plus.

Donc la prévention, encore et toujours.

Pour un entretien global de ton olivier au fil des saisons, regarde l’article sur l’entretien mois par mois. Tu y trouveras tous les gestes à faire au bon moment, dont la lutte contre la dalmaticose intégrée dans le calendrier.

Et si tu veux comprendre comment fertiliser correctement ton olivier pour qu’il soit costaud et résiste mieux, c’est par ici.

Allez, courage. Avec les bons gestes au bon moment, tes olives seront sauvées ! 🌳✨