C’est toujours en retournant une feuille qu’on trouve la vérité. Je m’en souviens très bien, c’était une matinée de novembre, j’inspectais une parcelle de Picholine dans le Var dans le cadre d’un diagnostic de routine. La face supérieure des feuilles présentait un léger jaunissement, quelque chose de diffus que beaucoup auraient attribué à un manque de nutriments ou à la sécheresse. Mais en retournant chaque feuille, ce petit duvet grisâtre caractéristique ne trompait pas : la cercosporiose était là, bien installée depuis l’automne.
La cercospora, ou plus exactement la cercosporiose de l’olivier, est l’une de ces maladies qui progressent en silence. Elle n’a pas le spectacle de l’oeil de paon, ni la brutalité d’une attaque de mouche de l’olivier. Elle s’installe feuille après feuille, sur les feuilles les plus âgées de l’arbre, jusqu’à provoquer une défoliation qui fragilise durablement la production. Dans cet article, je t’explique comment la reconnaître vraiment (pas juste « des taches sur les feuilles »), pourquoi elle se développe dans certaines conditions précises, et surtout ce que tu peux faire concrètement pour la gérer. 🌳
Les points clés à retenir
| Ce qu’il faut savoir | Détail |
|---|---|
| Agent responsable | Champignon Pseudocercospora cladosporioides |
| Autre nom | Cercosporiose ou « plomb de l’olivier » |
| Symptôme face inférieure | Feutrage grisâtre caractéristique |
| Symptôme face supérieure | Chlorose jaune virant à la nécrose |
| Feuilles touchées | Feuilles âgées de plus d’un an uniquement |
| Période à risque | Automne jusqu’au printemps |
| Traitement de référence | Bouillie bordelaise (cuivre), utilisable en bio |
| Variétés sensibles | Aglandau, Picholine, Cailletier, Cayon, Frantoio |
Cercospora ou « plomb de l’olivier » : de quoi parle-t-on exactement ?
La cercosporiose de l’olivier est causée par un champignon microscopique nommé Pseudocercospora cladosporioides. Tu la trouveras aussi sous le nom de « plomb de l’olivier », une appellation ancienne qui fait référence à la teinte gris-plomb que prend la face inférieure des feuilles atteintes.
Ce champignon cible en priorité les feuilles âgées, celles qui ont plus d’un an sur le rameau. C’est vraiment important à retenir, parce que ça change complètement la façon dont tu dois inspecter ton arbre. Si tu regardes uniquement les nouvelles pousses de l’année, tu passeras systématiquement à côté.
La maladie affecte principalement le feuillage. Dans les cas les plus sévères, elle peut aussi atteindre les fruits. Sur une olive verte, les lésions sont brunes ; sur une olive en cours de véraison, elles virent plutôt vers le gris-bleu. C’est rare, mais ça arrive, surtout quand la cercosporiose s’est installée tôt dans la saison sans être traitée.
Bon, ce qu’il faut vraiment retenir : ce n’est pas une maladie mortelle pour un olivier adulte bien établi. Mais elle fragilise. Elle réduit la capacité de photosynthèse, affaiblit l’arbre, et peut compromettre la production sur plusieurs saisons consécutives si on ne s’en occupe pas.

Comment reconnaître les symptômes sur tes feuilles
Franchement, les symptômes sont assez caractéristiques une fois qu’on les connaît. La difficulté, c’est que les gens ne pensent pas à retourner les feuilles… et c’est là que tout se joue.
Face inférieure de la feuille : recherche un feutrage grisâtre, parfois légèrement brunâtre ou olivâtre. C’est la fructification du champignon, les conidies (les spores) qui se multiplient sous le limbe foliaire dans l’ombre et l’humidité. Par temps de pluie intense, ce feutrage peut disparaître partiellement, emporté par l’eau, ce qui complique parfois le diagnostic en hiver.
Face supérieure de la feuille : une chlorose qui commence jaune puis tend à brunir, principalement à la pointe et sur les bords de la feuille. La feuille se nécrose progressivement.
Au bout du processus, la feuille tombe. Et c’est là que ça devient sérieux. Une défoliation importante réduit la surface foliaire disponible pour la photosynthèse, donc la capacité de production de l’arbre pour l’année suivante, voire les deux suivantes. Tu vois, on ne parle pas d’un problème esthétique.
Autres signes à surveiller :
- Des rameaux progressivement dénudés, avec seulement quelques feuilles en bout de branche
- Un affaiblissement général visible à l’oeil nu, l’arbre semble « fatigué »
- Sur les fruits (cas rares) : des taches circulaires de 3 à 7 mm dont la couleur varie selon le stade de maturité de l’olive

Pourquoi ton olivier est-il touché ? Les facteurs favorisants
Le champignon se dissémine par les spores (conidies), transportées par les pluies et le vent. Sa germination est optimale entre 15 et 25°C, mais elle peut se produire dès 5°C si l’humidité est suffisamment élevée et prolongée. Ce qui explique pourquoi les zones littorales, plus tempérées l’hiver, sont souvent davantage touchées que les zones continentales.
Les situations qui favorisent le développement de la cercosporiose :
- Le manque de circulation d’air : arbres trop denses, plantations trop serrées, présence de haies brise-vent étanches, vergers en bas-fond
- La proximité de cours d’eau ou toute situation qui maintient l’humidité autour du feuillage plus longtemps après les pluies
- Un enherbement dense sous les arbres, qui crée un microclimat humide persistant au niveau du sol
- Certaines variétés plus sensibles : Aglandau, Picholine, Cailletier, Cayon et Frantoio sont clairement plus vulnérables que d’autres
Bref, un olivier planté à l’abri du vent dans une zone humide, avec un couvert végétal dense sous les branches et une taille insuffisante : c’est le terrain idéal pour la cercosporiose. C’est malheureusement la situation de beaucoup d’oliviers en jardin particulier, là où l’arbre est planté pour son esthétique avant d’être suivi pour sa santé.
Quand surveiller et comment inspecter
Le bon moment pour surveiller, c’est dès les premières pluies automnales jusqu’au mois d’avril. C’est la période pendant laquelle les conidies se dispersent activement et contaminent les nouvelles feuilles.
La méthode que j’applique sur le terrain : je prélève des rameaux sur différentes expositions de l’arbre (nord, sud, est, ouest), je regarde les vieilles feuilles en priorité, je les retourne systématiquement. Sur une dizaine d’arbres, je prélève cinquante rameaux environ pour avoir une image représentative de l’état sanitaire du verger.
Pour un olivier de jardin, une inspection toutes les deux à trois semaines en automne et en hiver, c’est vraiment raisonnable. Cinq minutes sous l’arbre à retourner quelques feuilles, ça ne coûte rien.
Les solutions pour traiter et prévenir la cercosporiose
La bouillie bordelaise : la référence accessible à tous
Le cuivre sous forme de bouillie bordelaise reste le traitement de référence, et c’est utilisable en agriculture biologique. Il agit de façon préventive (avant contamination) et curative durant les 10 jours qui suivent la contamination. Son efficacité est bien documentée : appliqué début octobre puis fin février, il offre une protection solide sur toute la période à risque.
Quelques points à garder en tête sur son utilisation :
- Ne pas attendre les symptômes pour traiter : l’efficacité curative est limitée dans le temps
- Respecter les doses pour éviter la phytotoxicité (risque de chute de jeunes feuilles saines avec des doses excessives)
- Bien couvrir la face inférieure des feuilles où le champignon se développe et fructifie
- La bouillie bordelaise résiste modérément au lessivage : surveiller après les pluies abondantes et retraiter si nécessaire

Les mesures culturales : la vraie prévention durable
Honnêtement ? Les mesures culturales sont souvent plus efficaces sur le long terme que les traitements seuls. Et elles coûtent moins cher. Voici ce que je recommande systématiquement dans mes diagnostics :
- Tailler régulièrement pour aérer le feuillage et améliorer la circulation de l’air au sein de la couronne
- Ramasser et enfouir les feuilles tombées au sol (les laisser sur le sol entretient l’inoculum du champignon)
- Éviter les excès d’azote qui favorisent un feuillage trop dense et peu robuste
- Espacer suffisamment les arbres dès la plantation (un facteur difficile à corriger par la suite)
- Choisir des variétés moins sensibles quand c’est encore possible : Bouteillan, Salonenque et certaines variétés locales sont généralement moins affectées
Les traitements de dernier recours
Dans les cas sévères ou sur des vergers non protégés à l’automne, des spécialités à base de dodine peuvent être utilisées par les professionnels. Elles offrent une action préventive (15 jours) et curative, mais elles sont interdites en agriculture biologique, réservées à un usage professionnel, et présentent un risque non négligeable de résistance du champignon. À utiliser avec beaucoup de discernement, vraiment en dernier recours.
| Traitement ou méthode | Efficacité | Utilisable en bio | Notes pratiques |
|---|---|---|---|
| Bouillie bordelaise | Bonne (préventif + curatif 10 j) | Oui | Référence, respecter les doses |
| Taille aérante | Préventive, durable | Oui | Améliore toute la santé de l’arbre |
| Ramassage des feuilles tombées | Préventive | Oui | Réduit efficacement l’inoculum |
| Dodine | Très bonne | Non | Professionnels uniquement |
La cercosporiose n’est pas une maladie mortelle en elle-même, mais mal gérée elle fragilise l’olivier année après année. Et un arbre fragilisé, tu le sais, c’est une production compromise sur plusieurs saisons, voire un arbre qui n’arrive plus à se défendre contre d’autres pathogènes.
Si tu repères les premiers signes, agis dès l’automne. Bouillie bordelaise, bonne taille, surveillance régulière : c’est souvent suffisant pour garder la situation sous contrôle. Et si tu as un doute sur le diagnostic, n’hésite pas à consulter, mieux vaut une fausse alerte qu’une saison perdue.

Quinze ans passés sur le terrain, dans les vergers et les oliveraies, avant de fonder Olivarbo. Sa mission : rendre l’arboriculture accessible à tous, qu’on soit propriétaire d’un seul olivier ou gestionnaire d’un verger entier. Elle partage ici ses conseils avec la même passion qui l’anime depuis le début, sans jargon inutile et sans détour.

