Les traitements au cuivre de l’olivier : Mode d’emploi complet

septembre 11, 2026

La semaine dernière, j’ai reçu un email d’un client qui me disait : « Olivia, je traite mes oliviers à la bouillie bordelaise depuis 3 ans mais j’ai encore des problèmes d’œil de paon. Je fais quoi de travers ? » Après quelques questions, j’ai compris : il dosait n’importe comment et pulvérisait en plein été. Deux erreurs classiques qui transforment un traitement efficace en… perte de temps totale.

Le cuivre pour les oliviers c’est un peu comme les antibiotiques pour nous : super efficace si bien utilisé, totalement inutile voire contre-productif si on le balance au hasard. Et pourtant, c’est LE traitement de référence en oléiculture depuis plus d’un siècle. Ça devrait pas être compliqué, non ?

Bon, dans cet article on va remettre les choses au clair. Je vais t’expliquer exactement comment utiliser les traitements cupriques (et en particulier la fameuse bouillie bordelaise), quand, comment lire la dose, et surtout pourquoi tant de dosages trouvés sur le net ne veulent rien dire sans le nom du produit.

Les points clés à retenir

AspectInformation essentielle
Principe actifCuivre-métal (fongicide et bactéricide de contact)
ActionPréventive uniquement (pas curative)
DosageCelui de l’étiquette du produit pour l’olivier, qui dépend de sa teneur en cuivre
Périodes clésMars-avril + septembre-octobre
Fréquence maximum3-4 traitements/an sur variétés sensibles
Limite réglementaire28 kg de cuivre-métal/ha sur 7 ans (règle européenne, bio ou non)
LessivageRenouvel après pluie >20mm dans les 48h

Le cuivre sur l’olivier : pourquoi ça marche ?

Avant de parler technique, il faut comprendre comment ça fonctionne. Le cuivre est un fongicide de contact : il reste à la surface des feuilles et des branches, sans pénétrer dans la sève. Quand une spore de champignon (œil de paon, cercosporiose, fumagine) se pose sur une feuille traitée, les ions cuivre l’empêchent de germer. Point barre.

C’est pour ça qu’on dit que c’est un traitement préventif : il bloque la contamination avant qu’elle se produise. Mais une fois que le champignon a pénétré dans le tissu de la feuille (disons 48-72h après la contamination), le cuivre ne peut plus rien faire. Il limite juste la propagation aux feuilles saines.

Les différentes formes de cuivre

Tu vas voir plusieurs produits en jardinerie :

La bouillie bordelaise (sulfate de cuivre + chaux)

  • La plus connue, la plus utilisée
  • 20% de cuivre-métal généralement
  • Bonne persistance (2-3 semaines sans pluie)
  • Alcalinise légèrement le sol (grâce à la chaux)
  • Couleur bleu-vert caractéristique

L’hydroxyde de cuivre

  • Plus concentré (souvent 30-50% de cuivre-métal)
  • Action rapide
  • Moins lessivable que la bouillie bordelaise
  • Plus cher

L’oxychlorure de cuivre

  • Efficacité intermédiaire
  • Moins persistant que la bouillie bordelaise
  • Action plus douce (moins de risque de phytotoxicité)

Franchement pour un olivier au jardin ou même une petite oliveraie familiale je recommande la bouillie bordelaise classique. C’est le meilleur rapport efficacité/prix/disponibilité. Les pros utilisent parfois de l’hydroxyde pour des traitements plus espacés, mais pour nous c’est pas nécessaire.

Les maladies de l’olivier sensibles au cuivre

Bon, le cuivre c’est pas un produit miracle qui soigne tout. Il est efficace contre les maladies cryptogamiques (champignons) et certaines bactérioses. Voilà ce qu’il traite bien sur l’olivier :

Œil de paon (Cycloconium)

C’est LA cible n°1 du cuivre. L’œil de paon est de loin la maladie la plus fréquente sur les oliviers et le cuivre est le seul traitement vraiment efficace autorisé en bio. Les traitements préventifs au bon moment (on y vient) permettent de garder un feuillage sain toute l’année.

Cercosporiose

Même famille que l’œil de paon, même traitement. Elle provoque des taches grises argentées sur les feuilles et peut aussi affecter les fruits. Moins fréquente que l’œil de paon mais tout aussi chiante quand elle s’installe.

Fumagine

Bon là c’est un peu indirect. La fumagine c’est un champignon qui se développe sur le miellat des cochenilles et psylles. Le cuivre aide à limiter son installation mais faut surtout traiter les insectes en amont (savon noir, huile).

Tubercules et bactérioses

Le cuivre a aussi une action bactéricide. Il limite la formation de ces excroissances de bois qui apparaissent souvent après un gel ou de la grêle. C’est pas son usage principal mais c’est un bonus appréciable.

Par contre le cuivre NE traite PAS :

  • La verticilliose (champignon du sol qui colonise l’intérieur de l’arbre)
  • Les insectes ravageurs (mouche de l’olive, psylles, cochenilles…)
  • Les carences nutritionnelles
  • Les problèmes liés au stress hydrique

Le dosage : arrêtons le grand n’importe quoi

Les dosages qui circulent en ligne vont du simple au double, et pour cause : ils ne disent presque jamais de quel produit ils parlent. Une bouillie bordelaise, un hydroxyde et un oxychlorure ne contiennent pas la même quantité de cuivre, donc ne se dosent pas pareil.

La dose, c’est l’étiquette

La seule dose valable est celle que l’étiquette du produit indique pour l’olivier. Elle tient compte de sa teneur en cuivre et elle est fixée par son autorisation de mise sur le marché : la dépasser n’est ni plus efficace, ni permis.

Le dosage précis

Traduction pour le jardinier

Les produits vendus aux jardiniers donnent en général leur dose en grammes par litre d’eau, et le calcul s’arrête là. Ceux qui l’expriment en kilos par hectare indiquent aussi un volume de bouillie par hectare : divise l’un par l’autre. Un kilo pour 1 000 litres, c’est un gramme par litre.

Franchement investis dans une petite balance de cuisine pour doser précisément. Ça coûte 10€ et ça change tout. Les « cuillères à soupe » et autres approximations c’est n’importe quoi.

Attention à la surdose

Un excès de cuivre peut provoquer :

  • Phytotoxicité (brûlures sur feuilles et fruits)
  • Ralentissement de la croissance
  • Accumulation dans le sol (on y revient après)

Donc non seulement c’est inutile de surdoser mais en plus c’est contre-productif.

Le calendrier de traitement : le timing c’est tout

Tu peux avoir le meilleur dosage du monde si tu traites au mauvais moment c’est totalement inefficace. Les champignons ne se développent pas toute l’année de la même façon. Ils adorent la douceur et l’humidité. Donc :

Traitement de printemps (ESSENTIEL)

Quand : Mars-avril, juste après la taille de formation et avant les premières pluies de printemps

Pourquoi : C’est LA période critique. Les spores qui ont hiverné sur l’arbre vont germer avec les pluies douces. Si tu rates ce traitement tu pars avec un handicap énorme pour toute la saison.

Dosage : celui de l’étiquette pour l’olivier

Comment : Pulvérisation complète de l’arbre (tronc, branches charpentières, tout le feuillage recto-verso)

Mon conseil : Guette la météo. L’idéal c’est de traiter 48h avant une période pluvieuse annoncée, comme ça le produit a le temps de sécher sur les feuilles et la pluie ne le lessive pas immédiatement.

Traitement d’automne (IMPORTANT)

Quand : Septembre-début octobre

Pourquoi : Le retour de l’humidité et la baisse des températures créent des conditions idéales pour l’œil de paon. C’est la deuxième vague de contamination de l’année.

Dosage : celui de l’étiquette, comme au printemps

Comment : Pulvérisation du feuillage

Traitement d’hiver (OPTIONNEL)

Quand : Novembre-décembre

Pourquoi : Uniquement si l’automne a été très pluvieux et que tu vois des symptômes apparaître. Sinon on zappe.

Dosage : celui de l’étiquette

Traitements complémentaires été (RARE)

Franchement en été (juin-août) les conditions sont défavorables aux champignons (trop sec et chaud). Traiter en plein été c’est gaspiller du produit. Sauf cas particuliers :

  • Variétés ultra-sensibles
  • Climat côtier très humide
  • Irrigation par aspersion (favorise l’humidité du feuillage)
Le calendrier des traitements

La technique d’application qui fait la différence

Bon, on a le bon produit, le bon dosage, le bon moment. Maintenant il faut bien l’appliquer sinon ça sert à rien.

Le matériel

Pulvérisateur à pression : indispensable. Pas de pschitt-pschitt de jardinage de mamie. Il te faut une vraie pression pour faire une pulvérisation fine et homogène.

Volume : 5L minimum pour un olivier adulte, 10-15L si tu as plusieurs arbres

Buse : la plus fine possible. L’objectif c’est de créer un brouillard, pas des grosses gouttes qui dégoulinent.

La préparation de la bouillie

  1. Remplis ton pulvérisateur au 1/3 d’eau
  2. Ajoute la quantité de bouillie bordelaise calculée
  3. Agite bien pour mettre la poudre en suspension : elle ne se dissout pas
  4. Complète avec le reste d’eau
  5. Agite encore avant utilisation

La bouillie bordelaise peut se déposer au fond donc agite régulièrement pendant l’application.

La préparation de la solution

La technique de pulvérisation

Position du pulvérisateur : vertical, à 20-30 cm du feuillage

Mouvement : de bas en haut, en créant un brouillard que l’arbre traverse

L’objectif c’est que les feuilles soient mouillées uniformément mais sans ruissellement. Si ça dégouline c’est que tu en mets trop.

Couvre bien :

  • Le dessus des feuilles (facile)
  • Le dessous des feuilles (c’est là que s’installe la cercosporiose)
  • Les jeunes pousses
  • Le tronc et les charpentières (premier traitement de printemps)

Conditions d’application :

  • Température : entre 10 et 25°C
  • Pas de pluie annoncée dans les 3-4 heures
  • Pas de vent (évite la dérive)
  • Évite les heures les plus chaudes (risque de brûlure)

Perso je traite tôt le matin (7-9h) ou en fin d’après-midi (après 17h). C’est les moments idéaux.

La technique de pulvérisation

Combien de litres par arbre ?

Ça dépend évidemment de la taille de l’arbre mais voilà des ordres de grandeur :

  • Jeune olivier (2-3 ans) : 1-2 L
  • Olivier moyen (5-8 ans) : 3-5 L
  • Olivier adulte : 8-12 L
  • Gros sujet (> 15 ans) : 15-20 L

Les limites et précautions d’usage

Bon maintenant parlons des aspects moins glamour. Le cuivre c’est efficace mais c’est pas sans inconvénients.

L’accumulation dans le sol

Le cuivre ne se dégrade pas. Il s’accumule dans les 20 premiers cm du sol année après année. À forte dose et sur longue période ça devient toxique pour la vie du sol :

  • Perturbe les champignons mycorhiziens (qui aident l’arbre à absorber les nutriments)
  • Toxique pour les vers de terre
  • Lessivage vers les nappes phréatiques

C’est pour ça que la réglementation européenne a fixé une limite stricte, pour tous les produits à base de cuivre, bio ou non : maximum 28 kg de cuivre-métal par hectare sur 7 ans, soit 4 kg/an en moyenne.

Pour un jardinier amateur avec 2-3 oliviers c’est vraiment pas un souci. Mais ça reste important de ne pas surdoser n’importe comment.

Le risque de phytotoxicité

Un excès de cuivre ou une application dans de mauvaises conditions peut provoquer des brûlures sur les feuilles et les fruits. Ça arrive surtout :

  • Par temps très chaud (> 28°C)
  • Sur jeunes feuilles tendres
  • Avec surdosage
  • Mélange avec d’autres produits incompatibles

Signes de phytotoxicité :

  • Taches brunes/noires sur feuilles
  • Déformations des jeunes pousses
  • Chute prématurée des feuilles

Si ça t’arrive arrête immédiatement les traitements et arrose bien l’arbre pour diluer.

Protection lors de l’application

La bouillie bordelaise c’est irritant. Point. Donc équipe-toi :

  • Gants
  • Lunettes
  • Masque (au minimum FFP1)
  • Manches longues

Et après application :

  • Rince bien le pulvérisateur
  • Lave-toi les mains
  • Change de vêtements si t’en as mis partout (oui ça m’arrive encore)
L'équipement de protection

Délai avant récolte

Sur olivier c’est généralement 3 semaines entre le dernier traitement et la récolte des olives. Vérifie toujours l’étiquette de ton produit pour le délai précis.

Mais franchement comme on traite au printemps et en automne et qu’on récolte fin novembre-décembre normalement le délai est largement respecté.

Les alternatives au cuivre : mythes et réalités

Régulièrement des clients me demandent : « Olivia, y’a pas un truc plus naturel que le cuivre ? » Alors voilà la vérité :

Ce qui ne marche PAS (ou très mal)

  • Le bicarbonate de soude : efficace sur oïdium mais pas sur l’œil de paon
  • Le purin d’ortie : renforce les défenses mais ne traite pas une maladie déclarée
  • Les huiles essentielles : action limitée et coût prohibitif
  • Le lait : pareil, ça marche sur certaines maladies mais pas l’œil de paon

Ce qui peut compléter (mais pas remplacer)

  • La décoction de prêle : riche en silice, renforce la résistance
  • Le soufre : contre certains champignons mais moins efficace sur œil de paon
  • Les préparations à base d’argile : effet barrière léger

Honnêtement à ce jour il n’existe aucune alternative bio aussi efficace que le cuivre contre l’œil de paon. Les chercheurs bossent dessus mais on a encore rien de probant. Donc soit tu acceptes le cuivre en raisonnant bien les doses soit tu acceptes d’avoir des pertes de feuillage.

Peut-on se passer de cuivre ?

La vraie question c’est : est-ce que c’est obligatoire de traiter ? Bon ça dépend vraiment de ta situation.

Tu peux probablement t’en passer si :

  • Ton olivier est adulte, vigoureux, bien installé
  • Tu es en climat sec (peu de pluies au printemps/automne)
  • Tu cultives une variété réputée peu sensible à l’œil de paon (demande à ton pépiniériste)
  • Tu acceptes de perdre 20-30% du feuillage certaines années
  • Production d’olives pas prioritaire (olivier d’ornement)

Tu dois vraiment traiter si :

  • Jeunes oliviers (moins de 8-10 ans)
  • Climat humide (côte atlantique, région pluvieuse)
  • Variétés sensibles (Frantoio, Bouteillan…)
  • Objectif de production régulière d’olives
  • L’arbre a déjà été sérieusement touché les années passées

Perso je dis toujours : deux traitements par an (printemps + automne) c’est le minimum syndical pour garder un olivier en bonne santé dans 90% des situations françaises. C’est pas du traitement intensif c’est du bon sens.

En conclusion : utiliser le cuivre intelligemment

Voilà on a fait le tour. Le cuivre sur olivier c’est un outil formidable si on l’utilise correctement. Les clés du succès :

  1. Bon dosage : celui de l’étiquette, pesé, ni plus ni moins
  2. Bon timing : printemps et automne, pas en été
  3. Bonne application : pulvérisation fine, couverture complète
  4. Respect des délais : avant les pluies contaminatrices
  5. Modération : 2-3 traitements/an suffisent largement

Le cuivre c’est pas l’ennemi. L’ennemi c’est le « je traite au pif quand j’y pense ». Avec un minimum de rigueur et de connaissance tu peux garder tes oliviers en pleine santé pendant des décennies avec un usage raisonné de cuivre.

Et franchement après 15 ans à bosser sur le terrain je peux te dire que les oliviers les plus beaux et les plus productifs que je connais sont ceux dont les propriétaires appliquent ces principes simples avec régularité. Pas de magie. Juste de la cohérence.

Alors prends tes notes, cale ton calendrier de traitement, investis dans un bon pulvérisateur et une balance de cuisine et tu verras : tes oliviers te diront merci !